Jean Hélion

(1904-1987)

Jean Hélion est l’une des figures les plus atypiques de la peinture du XXe siècle. Pionnier de l’abstraction géométrique dans les années 1930, il opère à partir de 1939 un retour à la figuration — au moment précis où l’abstraction triomphe partout en Europe et aux États-Unis. Ce mouvement croisé, rarissime dans l’histoire de l’art moderne, fait de lui une référence longtemps mal comprise mais incontournable.

Hélion est aussi un homme d’une vie épique. En1939, il quitte les Etats Unis pour s’engager dans l’armée française, est fait prisonnier puis déporté en Allemagne, s’évade en 1942 et traverse l’Atlantique pour témoigner de la situation européenne auprès de l’opinion américaine. À New York, il rencontre Pegeen Vail — fille de Peggy Guggenheim, peintre elle-même — qu’il épouse en 1946. De cette période américaine naissent de grands cycles figuratifs : femmes aux cheveux jaunes, vendeurs de journaux, figures de pluie. Il regarde le monde avec une acuité neuve.

À contre-courant du dynamisme tout-puissant de l’abstraction lyrique d’après-guerre, il devient une référence majeure pour les jeunes peintres de la Figuration narrative. Ses scènes de rue, marchés et passants portent la rigueur structurelle de ses années abstraites au contact du monde ordinaire – avec une acuité, un humour et une sensualité que peu de ses contemporains ont su voir – mais qui trouvent aujourd’hui leur juste place dans l’histoire de l’art du XXe siècle.

Biographie

Né le 21 avril 1904 à Couterne, en Normandie, Jean Hélion — de son vrai nom Jean Bichier — s’oriente d’abord vers des études d’architecture à Paris. En 1926, la rencontre avec le peintre Torres-García est décisive : il l’ouvre au cubisme et à l’art moderne, et le présente à Van Doesburg et Mondrian.

En 1930, il participe avec Theo van Doesburg à la fondation du groupe Art Concret, dont le manifeste pose les bases d’un art radicalement non figuratif. En 1931, il participe à la fondation du groupe Abstraction-Création. Ami de Calder,  Arp et Giacometti, proche de Max Ernst, Duchamp, Miro et Victor Brauner, il est au cœur des avant-gardes internationales.

En 1934, sa première exposition personnelle aux États-Unis a lieu à la John Becker Gallery de New York. Ses œuvres sont exposées aux cotés de celles de Picasso, Kandinsky, Klee, Mondrian, Calder, Giacometti lors d’une exposition au Kunstmuseum à Lucerne dès 1935. En 1936, il s’installe à New York et émergent alors rapidement des formes réalistes dans ses compositions, annonçant son retour à la figuration.

En 1939, il quitte les États-Unis pour s’engager volontairement dans l’armée française. Fait prisonnier en 1940, il s’évade en 1942. De retour à New York en 1943, il publie They Shall Not Have Me, récit de sa captivité et de son évasion, destiné à sensibiliser l’opinion américaine à la situation européenne. Il y rencontre Pegeen Vail – fille de Peggy Guggenheim, peintre elle-même – qu’il épouse en 1946 au moment de son retour en France. De cette période new-yorkaise naissent les grands cycles figuratifs : femmes aux cheveux jaunes, allumeurs, fumeurs, figures de pluie autoportraits d’un homme qui regarde le monde avec une acuité neuve.

Revenu en France en 1946, il s’installe rue Michelet à Paris et développe les grands cycles figuratifs qui occupent le reste de sa vie : scènes de rue, marchés, figures allongées, journaux, parapluies, autoportraits. Il bénéficiera de plusieurs expositions institutionnelles — Grand Palais (1970), MAM Paris (1977 et 1984–85), Centre Pompidou (2004), MAM Paris (2024).

Au début des années 1980, Hélion perd progressivement la vue. Quasiment aveugle, il continue de peindre jusqu’en 1983, guidé par la  mémoire de sa palette et de ce qu’il a vu et pensé pendant soixante ans. Il s’éteint le 27 octobre 1987 à Paris. Il repose dans le cimetière de Couterne, le village normand qui l’a vu naître.

Les expositions de Jean Hélion

Expositions individuelles
(sélection)

1934 – John Becker Gallery, New York
1936 – Galerie des Cahiers d’Art, Paris ; Valentine Gallery, New York
1970 – Rétrospective, Grand Palais, Paris
1977 – Rétrospective, Musée d’Art Moderne de la Ville de Paris
1984–1985 – Rétrospective, Musée d’Art Moderne de la Ville de Paris
2003 – Musée des Beaux-Arts, Gaillac
2004 – Rétrospective, Centre Pompidou, Paris
2005 – National Academy Museum, New York
2024 – Jean Hélion. La prose du monde, rétrospective, Musée d’Art Moderne de la Ville de Paris

La galerie Alain Margaron expose Jean Hélion depuis 2016.

Expositions collectives & institutionelles
(sélection)

Galeries (sélection)
Valentine Gallery, New York; Galerie des Cahiers d’Art, Paris; Galerie Louis Carré, Paris; Galerie Karl Flinker, Paris ; Galerie Marwan Hoss, Paris ; Galerie Malingue, Paris ; Applicat-Prazan, Paris ; Galerie Alain Margaron, Paris

Collections publiques (sélection)
Musée national d’art moderne, Centre Pompidou, Paris ; Musée d’Art Moderne de Paris ; Musée de l’Abbaye Sainte-Croix, Les Sables-d’Olonne; Museum of Modern Art, New York; Metropolitan Museum of Art, New York; Solomon R. Guggenheim Museum, New York; The Art Institute of Chicago; San Francisco Museum of Modern Art; Philadelphia Museum of Art; Tate Gallery, Londres; Collection Peggy Guggenheim, Venise; Städtische Galerie im Lenbachhaus, Munich; IVAM Centro Julio González, Valence

Bibliographie

1970 – Hélion, catalogue de la rétrospective, Grand Palais, Paris
1975 – Hélion ou la force des choses, Daniel Abadie, Éditions de la Connaissance, Bruxelles
1979 – Jean Hélion, René Micha, Flammarion, Paris
1984–1985 – Hélion, peintures et dessins 1925–1983, catalogue de rétrospective, textes de Pierre Bruguière et Anne Moeglin-Delcroix, Musée d’Art Moderne de la Ville de Paris
1992 – Hélion, Henry-Claude Cousseau, Éditions du Regard, Paris
2004 – Jean Hélion, Henry-Claude Cousseau et Didier Ottinger, catalogue de rétrospective, Éditions du Centre Pompidou, Paris
2014 – Jean Hélion, Philippe Dagen, Éditions Hazan, Paris
2021- Hélion, Henry-Claude Cousseau, Éditions Alain Margaron.
2024 – Jean Hélion. La prose du monde, catalogue de rétrospective, Musée d’Art Moderne de la Ville de Paris
2024 – Jean Hélion, le franc-tireur, Fabrice Gaignault, Flammarion, Paris