Jean Bazaine

(1904-2001)

Jean Bazaine se définissait lui-même comme peintre « non figuratif » plutôt qu’abstrait. Ni géométrie ni figuration : son œuvre s’est construite pendant la guerre dans une immersion totale dans la nature — ses rythmes, ses forces, ses structures. Bretagne, Zélande (Pays-Bas), Espagne : les paysages traversés ont nourri une peinture de l’énergie, où la couleur sature l’espace sans jamais en toucher les bords – à la différence du « all over ».

Proche de Bergson et de Merleau-Ponty, Bazaine cherche ce qu’il appelle des « paysages-événements » – ces instants privilégiés où la beauté qui nous environne ravive des émotions profondes qui fertilisent la pensée. Ses œuvres tardives lui donnent raison : « en art, la jeunesse est un don qui s’acquiert patiemment, à mesure que l’homme vieillit. L’esprit nait vieux. Dessiner d’après la nature, c’est simplement pour moi incorporer par la main, plus profondément que par la vue, ses rythmes, ses forces, ses structures, les faire miens ».

Ses peintures et aquarelles respirent la fluidité, la mer, l’air, expriment un flux incessant, un élan de vie spirituelle, à la recherche d’une co-présence du monde et de soi. Une même exigence traverse ses toiles et ses commandes monumentales : vitraux d’Assy, d’Audincourt, de Saint-Séverin, mosaïques du palais du Luxembourg et de la station Cluny. Il travaille jusqu’à la fin, à 97 ans.

Biographie

Né à Paris en 1904, Jean Bazaine se tourne très tôt vers la peinture, influencé par la découverte de Bergson dès 1921. Sa première exposition individuelle a lieu en 1932, galerie Jeanne Castel, où il rencontre Bonnard. Il se lie ensuite avec Braque, Léger, Villon, et Giacometti.

En 1941, démobilisé, il organise à la galerie Braun le premier accrochage de l’avant-garde française sous l’Occupation. C’est pendant la guerre que sa peinture bascule vers l’abstraction, moins par choix que par nécessité intérieure. Il réalise ses premiers vitraux pour l’église du plateau d’Assy (1943–1944), puis la mosaïque de façade et les vitraux d’Audincourt (1951–1954).

Les années 1940–50 sont celles de la reconnaissance internationale : expositions à la galerie Louis Carré, participation à la Biennale de Venise (1948), première grande exposition personnelle à la galerie Maeght en 1949. Les rétrospectives se succèdent : Berne, Amsterdam, Eindhoven (1959), Hanovre, Zurich, Oslo (1963), Musée d’Art Moderne de Paris (1965), Grand Palais (1990).

Les commandes monumentales jalonnent toute sa carrière : vitraux de Saint-Séverin (1964–1969), mosaïque pour le palais du Luxembourg (inaugurée en 1988), décoration de la station de métro Cluny (1984–1988).

Jean Bazaine s’éteint à Clamart en 2001, à 97 ans, après une dernière journée de travail à l’atelier.

Les expositions de Jean Bazaine

Expositions individuelles
(sélection)

1932 – Première exposition personnelle, Galerie Van Leer, Paris
1949 – Jean Bazaine, peintures de 1943 à 1949, Galerie Maeght, Paris
1958 – Rétrospective, Kunsthalle, Berne
1959 – Rétrospective, Stedelijk Museum, Amsterdam ; Van Abbemuseum, Eindhoven
1963 – Rétrospectives, Hanovre, Zurich, Oslo
1965 – Rétrospective, Musée national d’art moderne, Paris
1972 – Rétrospective, Musée de Metz
1982 – Rétrospective, Musée des Beaux-Arts, Quimper
1984 – Rétrospective, Musée Unterlinden, Colmar
1987 – Rétrospective, Fondation Maeght, Saint-Paul-de-Vence
1990 – Rétrospective, Galeries nationales du Grand Palais, Paris
1996 – Bazaine et ses amis poètes, Musée Toulouse-Lautrec, Albi
1996 – Rétrospective, Musée d’art et d’histoire, Fribourg

La galerie lui dédie plusieurs expositions depuis une dizaine d’années.

Expositions collectives & institutionelles
(sélection)

1941 – Vingt jeunes peintres de tradition française, Galerie Braun, Paris
1943 – Douze peintres d’aujourd’hui, Galerie de France, Paris
1946–1947 – Exposition avec Lapicque et Estève, Stedelijk Museum, Amsterdam
1948 – Biennale de Venise, Pavillon français, Venise
1959 – Documenta II, Kassel
2011 – Le Sujet de l’abstraction, Musée Rath, Genève

Galeries (sélection)
Galerie Van Leer, Paris ; Galerie Jeanne Bucher, Paris ; Galerie Louis Carré, Paris ; Galerie Maeght, Paris ; Galerie Alain Margaron

Collections publiques (sélection)
Musée national d’art moderne, Centre Pompidou, Paris; Musée d’Art Moderne de la Ville de Paris; Museum of Modern Art, New York; Musée des Beaux-Arts, Quimper; Musée Unterlinden, Colmar

Bibliographie

1945 – Bazaine, Estève, Lapicque, catalogue d’exposition, textes d’André Frénaud, Jean Lescure et Jean Tardieu, Carré éditeur, Paris
1953 – Bazaine, monographie, textes de Jean Tardieu, Jean-Claude Schneider et Viveca Bosson, Maeght éditeur, Paris
1965 – Bazaine, catalogue de rétrospective, préface de Bernard Dorival, Musée national d’art moderne, Paris
1975 – Bazaine, monographie, textes de Jean Tardieu, Jean-Claude Schneider et Viveca Bosson, Maeght éditeur, Paris
1990 – Bazaine, catalogue de rétrospective, textes de Bernard Ceysson, Daniel Dobbels, Pierre Cabanne et Jean-Pierre Greff, Skira / Centre national des arts plastiques, Paris
1997 – Jean Bazaine, Couleurs et mots, entretiens avec Roger Lesgards, Henri Maldiney, Vonick Morel, Paul Ricœur et Catherine de Seynes-Bazaine, Le Cherche Midi éditeur, Paris
2002 – Jean Bazaine, Jean-Pierre Greff, Éditions Ides et Calendes, Neuchâtel
2015 – Au pays de Bazaine. Le chanteur de l’aube, Bernard Berrou, Éditions Diabase