Zoran Music
Zoran Mušič a déplacé un curseur entre la beauté et la mort, tantôt d’un côté, tantôt de l’autre, de 1944 à Dachau jusqu’à sa mort à Venise en 2005. Il est devenu un artiste profond en dessinant clandestinement des cadavres, seuls ou amoncelés, sur des petits bouts de papier, sans savoir si lui-même allait survivre. Le pire, c’est que c’est beau, dira-t-il. Le grand luxe d’un artiste, c’est de vivre toute sa vie avec seulement quelques images — mais qui sont les siennes.
À peine sorti des camps, il a éprouvé un besoin irrépressible de beauté et de poésie pour contrebalancer l’atrocité nazie : paysages dalmates, chevaux qui passent, portraits de son épouse Ida, où des traces de mort demeurent néanmoins présentes. La mort s’est de nouveau imposée en 1970 dans un cycle difficilement soutenable, Nous ne sommes pas les derniers. L’horreur ira ensuite decrescendo, des Motifs végétaux aux Paysages rocheux, nous laissant plus de liberté.
Zoran Mušič a porté le flambeau du romantisme allemand, de la beauté et de la mort, à la lumière crue des horreurs du XXe siècle autant qu’à celle dorée de Venise et de l’Orient.
Né en 1909, Zoran Mušič étudie à l’Académie des Beaux-Arts de Zagreb entre 1930 et 1935. En 1935, il part pour Madrid et copie chaque jour au Prado, jusqu’à ce que la guerre civile espagnole le force à rentrer. La découverte de Goya sera déterminante — elle irrigue directement le cycle Nous ne sommes pas les derniers, dans la lignée des Peintures noires.
En 1939, il se réfugie à Gorizia, puis s’établit à Venise. Au printemps 1944, accusé d’appartenir à un réseau antinazi, il est arrêté par la Gestapo et déporté à Dachau. Il y réalise en secret quelque deux cents dessins, dont une trentaine de feuillets purent être sauvés. Après la libération du camp en avril 1945, il rejoint Venise, épuisé et malade. Il développe ses premiers cycles – paysages dalmatiens, chevaux, portraits d’Ida Cadorin qu’il épousera.
En 1952, il signe un contrat avec la Galerie de France à Paris. En 1955, il grave ses premières eaux-fortes à l’atelier Lacourière. En 1956, il reçoit le Grand Prix de gravure de la Biennale de Venise.
En 1970, il présente à la Galerie de France à Paris le cycle Nous ne sommes pas les derniers. En 1972, le Musée d’Art Moderne de la Ville de Paris lui consacre la première rétrospective jamais dédiée à un peintre encore vivant par cette institution. En 1995, le Grand Palais lui consacre lui aussi une grande exposition. Il s’éteint à Venise le 25 mai 2005, à l’âge de 96 ans.
Les expositions de Zoran Music
1948 – Galleria del Obelisco, Venise
1952 – Galerie de France, Paris
1955 – Jeffress Gallery, Londres
1966 – Musée Johanneum, Graz
1967 – Rétrospective, Moderna Galerija, Ljubljana
1967 – Galleria del Naviglio, Milan
1967 – Œuvres de 1947–1967, Galerie de France, Paris
1969 – Grosvenor Gallery, Londres
1972 – Zoran Mušič 1946–1972, Musée d’Art moderne, Paris
1973 – Exposición antológica, Museo Español de Arte Contemporáneo, Madrid
1978 – Galerie de France, Paris
1983 – Galerie Claude Bernard, Paris
1986 – Musée Jenisch, Vevey
1988 – Centre Pompidou, Paris
1992 – Palazzo Reale, Milan
1995 – Rétrospective, Galeries nationales du Grand Palais, Paris
2003 – Rétrospective, Musée Jenisch, Vevey
2008 – De Dachau à Venise, Fundació Catalunya La Pedrera, Barcelone
2009 – Rétrospective, Moderna Galerija, Ljubljana
2018 – Zoran Mušič. Poesie der Stille, rétrospective, Leopold Museum, Vienne
La galerie expose régulièrement Music depuis ses débuts en 1993.
1948 – Biennale internationale de Venise (première participation)
1953 – Salon de Mai, Paris
1955 – Documenta I, Kassel
1956 – Biennale de Venise (Grand Prix de gravure)
1958 – Salon des Réalités Nouvelles, Paris
1966–1967 – Exposition itinérante, Graz, Ljubljana, Düsseldorf, Nuremberg, Milan, Trieste, Paris, Salzbourg, Londres
1970–1972 – Music. Nous ne sommes pas les derniers, exposition itinérante, Paris, Munich, Bruxelles, Bologne, Mestre, Marseille, Plaisance, Milan
1972–1973 – Anton Zoran Music, exposition itinérante, Stockholm, Copenhague, Oslo
Galeries (sélection)
Galerie de France, Paris; Galerie Claude Bernard, Paris; Galerie Marwan Hoss, Paris; Galerie Alain Margaron, Paris; Galerie Ditesheim & Maffei Fine Art, Neuchâtel; 12 Duke Street Gallery, Londres; Galerie Schmücking, Bâle; Galleria del Naviglio, Milan
Collections publiques (sélection)
Musée national d’art moderne, Centre Pompidou, Paris; Musée d’Art Moderne de la Ville de Paris; Metropolitan Museum of Art, New York; Museum of Modern Art, New York; Stedelijk Museum, Amsterdam; Folkwang Museum, Essen; Nasjonalmuseet, Oslo; Gallerie dell’Accademia, Venise; Moderna Galerija, Ljubljana
Bibliographie
1995 – Zoran Mušič, catalogue de la rétrospective, Grand Palais / Réunion des Musées Nationaux
2003 – Zoran Mušič, catalogue d’exposition, Gallerie dell’Accademia
1970-1990 – Zoran Mušič. Nous ne sommes pas les derniers, catalogues d’expositions
1990s-2000s – Jean Clair, textes (catalogues d’expositions et essais critiques)
1980s-2000s – Germano Celant, textes (catalogues d’expositions)
2008 – Marisa Vescovo, Zoran Mušič, Milan, Skira






