André Derain
L’œuvre d’André Derain ne se limite pas à ses débuts fauves. Si son rôle dans les premières avant-gardes du XXe siècle est déterminant, il s’en éloigne très tôt pour engager une recherche apparemment plus classique, marquée à la fois par son amour de la peinture — ses innovations rassemblent plutôt qu’elles n’excluent les avancées picturales antérieures — et par son expérience des tranchées, qui lui fait éprouver un besoin vital de réhabiliter le corps humain, de représenter des visages, des nus féminins, la nature et ses fruits.
Son œuvre nécessite une double lecture et des analyses formelles minutieuses pour en découvrir la complexité et le sens caché. À côté de nombreux portraits de commande, Derain a construit une œuvre forte qui s’inscrit dans une réflexion continue sur les fondements de la peinture. Il a été une référence pour de nombreux artistes majeurs de son époque : Giacometti, Balthus, Braque, Matisse, Picasso, et également pour des artistes contemporains comme François Rouan et Peter Doig.
Né le 17 juin 1880 à Chatou, André Derain commence à peindre dès 1895. En 1898, il fréquente l’Académie Camillo où il rencontre Henri Matisse. À l’été 1900, il se lie d’amitié avec Vlaminck. Ils louent ensemble un atelier sur l’île de Chatou.
Aux côtés de Matisse et Vlaminck, il participe aux expériences fondatrices du fauvisme, dont il est l’un des acteurs majeurs, avant de s’en éloigner. À partir de 1907, son travail évolue vers une recherche plus construite, nourrie par l’héritage de Cézanne et par une attention portée aux formes archaïques — une peinture plus intériorisée, parfois qualifiée de « gothique » ou byzantine, où la figure s’impose avec retenue.
Après la Première Guerre mondiale, à laquelle il participe activement, son œuvre s’inscrit dans un dialogue approfondi avec la tradition picturale. Paysages, figures et natures mortes témoignent d’une recherche d’équilibre et de permanence, en résonance avec les maîtres anciens, de Poussin à Corot ou Renoir.
Refusant toute adhésion durable à un mouvement, Derain construit une œuvre indépendante, marquée par une réflexion constante sur les fondements de la peinture. Ce positionnement, en décalage avec les récits dominants de l’art moderne, a contribué à une réception plus contrastée de son travail, surtout après la mort de son marchand Paul Guillaume en 1934.
Il a pourtant entretenu un dialogue constant avec de nombreux artistes majeurs de son temps — Matisse, Braque, Picasso, Balthus. Alberto Giacometti écrit en 1957 : « Derain est le peintre qui me passionne le plus, qui m’a le plus apporté et le plus appris depuis Cézanne, il est pour moi le plus audacieux.» Giacometti précise que son admiration porte sur toutes les périodes de Derain, jusqu’à sa mort en 1954, et particulièrement sur sa dernière période.
Renversé par une voiture en juillet 1954, André Derain meurt le 8 septembre à Garches. Il repose au cimetière de Chambourcy.
Les expositions de André Derain
1954–1955 – Rétrospective, Musée national d’art moderne, Paris (179 œuvres)
1980–1981 – Hommage à André Derain, Musée d’Art Moderne de la Ville de Paris
1981–1982 – A. Derain, Fondation Septentrion, Marcq-en-Barœul
1991 – André Derain, Musée d’Art Moderne, Troyes
1991–1992 – Un certain Derain, Musée de l’Orangerie, Paris
1994–1995 – André Derain. Le peintre du « trouble moderne », Musée d’Art Moderne de la Ville de Paris
2007 – Derain : sculpteur & photographe, Musée des Beaux-Arts, Carcassonne
2017–2018 – André Derain, 1904–1914. La décennie radicale, Centre Pompidou, Paris
1905 – Salon d’Automne, Paris
1951 – Le Fauvisme, Musée national d’art moderne, Paris
1952–1953 – Les Fauves, Museum of Modern Art, New York
1977 – Paris-New York, Centre Pompidou, Paris
1979 – Paris-Moscou, 1900-1930, Centre Pompidou, Paris
1980–1981 – Les Réalismes : entre révolution et réaction, 1919-1939, Centre Pompidou, Paris
1981 – Paris-Paris. Créations en France, 1937-1957, Centre Pompidou, Paris
2017 – Derain, Balthus, Giacometti. Une amitié artistique, Musée d’Art Moderne de la Ville de Paris
Collections publiques (sélection)
Musée d’Orsay, Paris; Musée national d’art moderne, Centre Pompidou, Paris; Musée de l’Orangerie, Paris; Musée d’art moderne de la ville de Paris, Museum of Modern Art, New York; Metropolitan Museum of Art, New York; Tate Modern, Londres; National Gallery of Art, Washington D.C.
Bibliographie
1952 – Les Fauves, catalogue d’exposition, Museum of Modern Art, New York
1981 – A. Derain, catalogue d’exposition, Fondation Septentrion, Marcq-en-Barœul
1991 – Un certain Derain, catalogue d’exposition, Musée de l’Orangerie, Paris, Réunion des Musées Nationaux
1994 – André Derain. Le peintre du « trouble moderne », catalogue d’exposition, Musée d’Art Moderne de la Ville de Paris
1995 – Mon cher André Derain, François Rouan
1992–1999 – André Derain, l’œuvre peint, Michel Kellermann, 3 volumes, Galerie Schmit, Paris (catalogue raisonné)
2007 – Derain : sculpteur et photographe, catalogue d’exposition, Musée des Beaux-Arts, Carcassonne
2015 – Derain, le titan foudroyé, Michel Charzat, Hazan, Paris
2017 – André Derain, 1904–1914. La décennie radicale, catalogue d’exposition, Centre Pompidou, Paris
2024 – Derain et ses amis, Michel Charzat, Gourcuff Gradenigo







