Entretien d’Alain Margaron avec Christian Charreyre, de Art Magazine International

François Lunven, Sans titre, 1968, huile sur toile, 97 x 195 cm

I/V Pourquoi une galerie ?

1/ Comment passe -t-on de la finance à l’art ?

La finance, c’était un choix professionnel pour mieux comprendre la société dans laquelle nous vivons. L’art, c’est un choix de vie, de consacrer l’essentiel de mes semaines à ce qui m’intéresse le plus, c’est aussi un éveil permanent du regard, à un monde non plus abstrait, mais signifiant à travers sa beauté. Je savais depuis mon plus jeune âge qu’un jour je ferais la bascule. À 40 ans, il m’a semblé que j’avais suffisamment vécu pour comprendre les sens secrets d’une œuvre d’art, sa force de vie, sa fluidité et sa capacité à résister au temps…Et j’avais l’envie de décider seul, en créant ma propre entreprise. Notre métier est synonyme de liberté. Il y a, bien sûr des rapports entre mes anciens métiers et une galerie qui est aussi une entreprise. Je n’aurais sans doute pas osé faire des choix d’artistes et de gestion si différents de ceux qui avaient cours sans mes expériences antérieures.

 

2/ Vous avez d’abord exercé comme marchand d’art avant d’ouvrir votre galerie. Quelles différences entre les deux métiers ?

Avant l’ouverture de la galerie, en 1993, j’avais déjà fait le choix de me concentrer sur quelques artistes et d’acheter leurs œuvres. J’exerçais déjà un métier de galerie comme je l’entends, mais sans lieu à moi ouvert au public. Ce qui a changé, c’est de pouvoir animer un lieu de rencontres et d’échanges de plus en plus fréquenté et la possibilité d’organiser à mon gré des expositions d’une quarantaine d’œuvres, qui ont accéléré la reconnaissance des artistes. À cet égard, les analyses des journalistes et critiques d’art restent , quoiqu’on ait pu dire, déterminantes. Je ne remercierai jamais assez ceux qui viennent voir nos expositions.

 

3/ La galerie est-elle encore aujourd’hui un lieu indispensable pour voir ?

Une galerie est un lieu indispensable pour voir à condition que l’on puisse regarder tranquillement dans le calme pour découvrir et se laisser imprégner par les œuvres. Notre « lieu », rue du Perche, est réparti en plusieurs espaces relativement intimes. Il est important aussi de posséder des réserves de tableaux suffisantes pour montrer des sélections convaincantes et signifiantes hors exposition. Nous parlons avec plaisir à nos visiteurs quand ils le souhaitent mais sans nous imposer ni chercher à interférer dans leur regard. L’achat d’une œuvre est un acte de liberté absolue. D’ailleurs, un tableau ne se vend pas, il s’achète.

Anselme Boix-Vives, Un curé lunaire et ses enfants de choeur, 1963, gouache sur papier, 90 x 69 cm
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