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ZORAN MUSIC

À SAVOIR :

Ce qui me touche le plus dans l’oeuvre de Zoran Music, c’est ce curseur entre la beauté et la mort qu’il a déplacé de 1944, dans un camp de concentration, à sa mort à Venise en 2005.
Sans savoir si lui-même allait survivre, il a dessiné clandestinement des cadavres, seuls ou amoncelés.

« Le pire, c’est que c’est beau », me dira-t-il, dans son atelier du XVIème arrondissement, où j’allais le voir bien avant que j’ouvre la galerie.
Il a ajouté : « le grand luxe d’un artiste, c’est de vivre toute sa vie avec quelques images, mais des images qui sont les nôtres. »

À peine sorti des camps, Music a éprouvé un besoin irrésistible de beauté et de poésie, pour contrebalancer l’atrocité. Ce sera l’époque des paysages dalmates, des chevaux, de Ida qu’il a épousé, le grand amour de sa vie. Mais les charniers sont toujours là, plus ou moins présents.
Après s’être, de son propre aveu, égaré dans « une abstraction qui n’avait aucun sens pour lui », la mort reprend le dessus, s’impose sans échappatoire dans le cycle difficilement soutenable des « Nous ne serons pas les derniers » autour de 1970, puis va decrescendo des « Motif végétal » aux « Paysage rocheux » sur lesquels il travaillait quand je l’ai connu.

La mort reste en embuscade dans ses paysages vénitiens, plus ou moins suggérée avant de prendre possession des autoportraits de la fin de sa vie et des portraits de Ida vieillissante. Mais jusqu’au bout, aussi, l’appel de la beauté est présent, d’autant plus fort et poignant qu’il n’esquive ni à la barbarie, ni notre destin.