Regard sur Jean Hélion

Jean Hélion, « Belle Ile », 1956, huile sur isorel, 11,5 x 22 cm

Jean Hélion : Regarder à travers les tableaux

« Lorsqu’en 1938, j’ai commencé d’éprouver trop amèrement l’insuffisance de l’abstraction (en ce qui me concernait) … j’ai rêvé d’abandonner la peinture. C’est alors que j’ai dessiné un arbre. D’un seul coup, l’inégalable profondeur du monde m’est apparue », écrit Jean Hélion dans ses carnets.

Jean Hélion nous l’offre dans ce très petit tableau sous la forme d’un paysage bucolique, sur une hauteur vallonnée de Belle Ile, sous un soleil matinal. Apparemment, une peinture comme tant d’autres qui ne révèle sa profondeur que si l’on observe de près le crépitement des touches. La mer n’est pas très loin. La tête d’un cumulonimbus nous signale son activité climatique. Un petit chemin, qui trahit la présence humaine, s’en va au loin.

En bordure de ce dernier, le peintre y figure un bosquet d’arbres qui se déploie sur presque toute la toile.

Figurer ? « c’est demander au monde, à ce qui est éternel, à ce qui renaît sans cesse de ses cendres, le sens. C’est faire émerger, à la surface de l’objet, son essence ».

Le printemps, le climat venteux de Belle Ile, la robustesse et la souplesse des branches sont révélés par un jeu rythmique de touches de différentes grandeurs, formes et teintes qui savent pourtant se faire oublier.

A la perspective de profondeur et de grandeur, elles apportent aussi « une sorte de perspective du toucher ».

« Vos derniers tableaux, me disait hier Francis Ponge Remplissent l’œil. Remplacent l’œil. On regarde à travers eux. » ( 11 février 1956)

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