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Hommage à Jean Hélion 3/4

Jean Hélion, « Trombone pour un peintre », 1983, Acrylique sur toile, 175 x 250 cm
Hélion convertira ce qui pourrait être le plus lourd handicap pour un peintre, un déficit de vision croissant, en une audace esthétique. Les visages s’estompent, les relations entre les personnages deviennent l’essentiel. « Le pouvoir de saisir l’ensemble est accru par le manque de celui de voir le détail » dira-t-il en 1982, quand il finit de perdre la vue.
Son oeuvre tend, de bout en bout, vers une tentative de cohérence. En 1983, sa dernière année de peinture, il écrit : « L’art va au bout des sensations, des idées, des songes, de l’expérience et puise aussi dans la mémoire. »
Il a voulu nous aider à voir, en recherchant « un développement de forme en forme, de qualité en qualité jusqu’à l’image complète dans laquelle j’ai besoin que se reflète et s’éclaire le monde, celui de tous, le quotidien, le naturel ».
« Je crois, dit-il aussi en 1980, que c’est le geste de l’esprit tentant de saisir ce qu’il y a d’obscur dans le monde qui est l’essentiel de l’art. »
L’oeuvre de Jean Hélion apporte un éclairage nouveau sur l’histoire du XXème siècle et tout ce que peut apporter la fréquentation quotidienne de certaines peintures à chacun d’entre nous.
Je ne l’ai moi-même rencontré qu’une fois, dans le bureau de son marchand, Karl Flinker. J’étais jeune et impressionné. Lui-même était âgé et voyait mal. Je regrette encore que nous n’ayons pas pu avoir les longues conversations qu’il affectionnait.
A.M.