L’inconnu spirituel de l’être

L’éditrice du manuscrit de sa femme soigneusement caché sous les nazis, est venue voir Godeg au début des années 80, sans savoir qu’il était artiste. Il n’a rien manifesté d’autre qu’un regard amusé, m’a-elle dit. Celui de quelqu’un, dont, malgré quelques succès fugitifs, on n’avait pas compris l’œuvre et qui n’était pas pour autant disposé à l’expliquer.
La place de l’or dans les peintures de Karl Godeg a été magnifiée, notamment par un critique français influent, Julien Alvard, mais personne ne s’est risqué à analyser le fond de ses œuvres, ce qu’elles exprimaient.
Il a fallu des personnalités qui cherchent à comprendre en profondeur, sans filtre, comme Jean-Jacques Aillagon, pour sentir la richesse de l’œuvre et relayer mon enthousiasme en 2001 quand j’ai découvert Godeg.
Fred Deux a, d’emblée, décelé ses interrogations métaphysiques. Dans son salon, la lueur d’une peinture d’or l’a ressourcé chaque jour, à l’heure de la sieste, jusqu’à son dernier dessin.
Une artiste allemande plus jeune, Evi Keller, m’a dit récemment avoir été marquée par la découverte de ses oeuvres à la galerie. Et les peintures dorées de Baselitz, vers 2020, rappellent les siennes, avec un puissance renouvelée. Les connaît-il?
L’œuvre de Godeg est nourrie de la pensée philosophique et poétique du romantisme allemand, de nos liens avec des fragments de cosmos, avec l’énergie de l’univers, et avec la terre qui engloutit dans sa masse noire tout en nourrissant des racines et en fertilisant la lumière des couleurs de l’or, de l’émeraude et du rubis. La matière joue un rôle essentiel. Et certaines peintures d’or tendent un miroir vacillant à l’inconnu spirituel de l’être…
A.M.