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La peinture dans les années 60

Dado, Sans titre, 1960, huile sur toile, 103 x 80 cm

Nous exposons, du 22 juin au 24 juillet, 45 œuvres, principalement des peintures et quelques dessins, réalisés dans les années 60, une décennie importante pour la création picturale qui reste mal étudiée. Le pop art aux États-Unis , Fluxus et les happenings en Europe, le nouveau réalisme, la figuration narrative, support surface, en France, ont accaparé l’attention.
Parallèlement, des artistes ont approfondi leur voie dans la solitude de leur atelier, dans une relative indifférence.

Hélion (1904-1987) fusionne ses recherches figuratives de la décennie précédente et le vocabulaire abstrait qu’il s’est forgé dans les années 30, avec ses amis Calder et Miro. Il a ouvert ainsi à la peinture des voies nouvelles dont les générations suivantes lui seront reconnaissantes.

De son côté, Réquichot (1939-1961) clôture son œuvre des années 50 aussi par rapport à la peinture. Son reliquaire le plus important enroule des toiles peintes dans des formes pyramidales qui attendent leur éveil. Nous avons choisi quelques peintures non montrées de son vivant qui apparaissent rétrospectivement comme un testament : deux « Ciel Prolifique ». Celui de 1960, reprend des grattages, évoque les brindilles, et comme l’odeur de terre de certains de ses reliquaires antérieurs, d’où surgit une lumière venue d’ailleurs qui s’imposera dans sa dernière toile de 1961 qu’il avait pris soin de cacher .

Vers 1960 également, Dado (1933-2010) montre avec sobriété des fissions d’apparitions humaines , souvent des squelettes, en écho avec le danger atomique. Fred Deux renoue avec la force de ses premières créations, pour démarrer une longue vie, quasi monastique, consacrée au guet quotidien et ininterrompu de notre monde intérieur. Il ignorait jusqu’au nom de Karl Godeg (1896-1982) qu’il a découvert à la galerie. Il ne se séparera jamais de l’une de ses « peintures d’or ».

Macréau (1935-1995) , en se se confrontant à Picasso et à Cobra, anticipe le langage pictural des années 80. Lunven (1942-1971), visionnaire, sait rompre avec sa virtuosité de graveur et dessinateur pour créer des peintures dérangeantes, mal comprises à l’époque. Elles donnent force de vie à un futur de greffes et de robotisation qui continue à nous questionner. Laubiès (1924-2006) exprime somptueusement le souffle qui nous relie aux flux de l’univers, ceux du ciel et de la mer, en dépouillant ses peintures de ce qui pourrait les entraver. Son ami Duvillier (1919-2002) s’affronte, alors, aux éléments, sans pathos.

Boix-Vives (1899-1969), autodidacte, observateur attentif aussi bien de la nature que des églises anciennes de ses deux régions, la Catalogne puis la Savoie, déploie le fil de ses rêveries autour d’un regard lucide.

« Nous sommes tous différents mais c’est étonnant comme nous allons bien ensemble, m’a dit Fred Deux, à la galerie. »
L’ isolement de ces artistes n’empêchait pas les convergences de leurs démarches. Plutôt que de dénoncer leur époque, ses risques de surconsommation, les blocages moraux d’avant 1968, ils ont créé des formes au service d’une vision du monde qui se découvre lentement, peut nourrir notre pensée, nos capacités d’étonnement et d’émotion.

A.M.

Michel Macréau, "Couple", 1964, huile sur toile, 55 x 46 cm
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