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Fred Deux, la naissance d’un artiste

Fred Deux, 1959, encre de chine et aquarelle sur papier, 56 x 71,5 cm

La résistance, la découverte des camps, son engagement ensuite dans l’armée pour regarder dans les yeux, le feu, la tuberculose ont ancré Fred Deux dans la recherche existentielle d’une vie vraie dans la littérature et l’art.

Jusqu’en 1951, il a vécu à Marseille où sa première femme, avec qui il a eu deux filles, Annie et Catherine, possédait une importante librairie, surréaliste. Il a pu accéder au monde de la culture : livres et rencontres. Il découvre la poésie, en particulier de René Char, dont il boit l’élixir de la poésie, cette mer intérieure qu’il faut capter.

Fred Deux passe ses journées et ses nuits à lire, laisser son imagination lui dicter des essais d’écriture, interpréter des tâches de peinture sur papier, des empreintes d’étoffe, les prolonger de quelques traits, dessiner avec de la peinture pour châssis de bicyclette, humer des boîtes de peinture qu’il a aimées jusqu’à s’en badigeonner le corps.

Il a également appris à maîtriser le travail de la plume chargée d’encre de Chine, fait des pâtés qu’il conduit au souffle, en éclats. Il trace des écritures… découvre l’intérêt de la surprise quand on laisse libre cours à la main.

Paul Klee, qu’il découvre en 1949, grâce à un catalogue du Moma, aiguise sa compréhension des couleurs comme on doit en trouver au fond des gouffres dans des mers. Après ses Kleepathologie de 1952-54, la couleur relancera régulièrement son parcours, jusqu’à ses peintures-dessins des années 2000. Le second artiste qu’il cite dans sa biographie intérieure, publiée en 1997 au Cercle d’Art (La chair du Double) est Giacometti. Ils partagent la même quête de captation de la vie qui se dérobe.

En 1951, Fred Deux quitte définitivement le confort possible d’une vie bourgeoise qui ne correspond pas à ses exigences de rêveur éveillé, part à Paris, désargenté mais avec des livres et quelques relations, refait bientôt sa vie avec Cécile Reims, graveur d’interprétation d’origine lithuanienne qui l’accompagnera jusqu’à la fin dans la réalisation de son œuvre, l’encouragera à transposer sa vie sur sa table de travail, gravera nombre de ses dessins, tout en veillant jalousement sur leur biographie.

Fred Deux poursuit sa route sans dévier, devient l’autodidacte génial d’une culture non pas asphyxiante mais irriguante, parce qu’il sait écarter les poncifs et les pièges de la dextérité. Il rencontre André Breton et entre dans le groupe surréaliste en 1951, le quitte dès 1954, reste un grand admirateur de Max Ernst et Brauner.

L’écriture en 1957- 58 de la Gana va inspirer tout son parcours artistique sans en entraver le renouvellement.

Daniel Cordier l’expose en 1962. Nous terminons ce premier parcours chronologique par quelques grands dessins montrés alors, où des organes palpitent. Après l’écrivain, l’artiste Fred Deux est définitivement né à une vie qui vaut le coup.

A.M.

Jusqu’au 2 mars

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