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Choses vécues avec Fred Deux 6/8

« Je nais », 1949, peintures laques cellulosiques et encre de Chine sur papier, 38 x 30 cm

Une vie au service du dessin

On peut aborder les oeuvres d’un artiste à partir du « fond», du sujet exploré, de ce qu’elles communiquent ou bien de la forme, de leurs qualités esthétiques, de ce qu’elles créent de nouveau et d’original, des liens formels souterrains qui s’établissent de l’une à l’autre. Il me semble que le plaisir visuel reste un passage obligé pour qu’une œuvre d’art puisse distiller lentement et longuement du contenu et nous aider à vivre plus intensément.


Fred Deux se pensait lui-même avant tout comme un dessinateur. Quand j’ai sorti devant lui, d’un carton à dessin, une oeuvre de 1949 qui m’a enthousiasmé et qu’il avait oubliée, il l’a immédiatement appelée « Je nais », il voulait dire : « je nais à la vie, à une vie supérieure, grâce au dessin ». Ce dessin important a été exposé au Centre Pompidou en 2004.


Il a longtemps travaillé sept jours sur sept, tôt le matin jusqu’à tard le soir, en rêvant la nuit, se levant parfois pour « voir si le dessin était content ».


Sur certains d’entre eux, Fred Deux passait des semaines, voire des mois. Au cours d’un dîner à la galerie, avec son humour des bons moments, il me dit en regardant l’un d’entre eux : « Au prix du plombier, ce serait cher !»


Lui-même n’a jamais gravé. Toutes les gravures sur son œuvre sont de la main de Cécile Reims. Il s’agit de remarquables interprétations. Mais le toucher, qui est essentiel, ne peut être identique. D’un côté nous avons des œuvres réalisées avec beaucoup d’application d’après modèle, des reconstitutions parfaites ou presque, de l’autre des créations spontanées guidées par la main, presque à l’aveugle. Fred Deux ne savait jamais d’avance où le conduirait le dessin, et il avait pris l’habitude de mettre un buvard sous sa main pour protéger ce qu’il venait de faire.


J’attache beaucoup d’importance, en ce qui me concerne, à ce que l’on montre séparément les dessins de Fred Deux et les gravures de Cécile Reims. C’est nécessaire pour les deux artistes et éviter les confusions qui ont embrouillé la reconnaissance de certains, comme Zoran Music.

A.M.

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