Choses vécues avec Fred Deux 5/8

« Sperme coloré », 1973, mine de plomb et encre sur papier, 72 x 42 cm

Au delà de l'auto-fiction

J’ai eu la chance, rare, de pouvoir m’entretenir seul avec Fred Deux, chez moi, de parler librement de son enfance, de ses parents, de sa découverte des camps, de sa vie à Marseille au temps de son premier mariage, de ses premiers dessins, de son inquiétude sur la présentation de son oeuvre après sa mort.

À propos de son auto-fiction culte, la Gana, il m’a répété plusieurs fois ces propos d‘un voisin rencontré dans la rue.« Ce n’est pas bien, ce que tu as écrit sur tes parents ».

La Gana, imaginée et fantasmée plus que vécue, lui a été nécessaire pour retrouver la force de ses premières œuvres, après une longue période, dans les années 50, inspirée de Klee et liée à sa nouvelle vie apaisée avec Cécile, graveuse au burin qui aimera interpréter les œuvres des autres.

On a trop dit et écrit que Fred Deux était autant écrivain que dessinateur, voire auteur plus qu’artiste. C’était peut-être vrai pour Henri Michaux, mais l’explication est trop commode et, à mon avis, fausse, pour Fred Deux. Quels que soient leurs qualités, l’écriture et la parole étaient pour Fred au service de son dessin et de sa création. Elles ont libéré des forces enfouies dans son inconscient et participé à son questionnement permanent d’artiste. Fred Deux restera dans l’histoire pour avoir poussé un peu plus loin les limites du dessin. En y consacrant toute une vie, monastique mais riche d’un perpétuel renouvellement.

Il est trop simple de s’arrêter à l’aspect biographique de l’oeuvre de Fred Deux, même si celui-ci l’entretenait en rabâchant des souvenirs d’enfance. Je coupais court à ses monologues pour qu’il aille plus loin dans l’analyse. Son approche se recentrait alors souvent sur la forme des dessins. Il pouvait s’extasier, par exemple, alternativement sur les mérites de l’encre et de la mine de plomb, ne jurant que par l’une ou par l’autre. À propos de la série des « Spermes colorés », autour de 1974: « Ces dessins sont nés de ma découverte que la mine de plomb pouvait prendre sur la laque». Il avait oublié l’aspect scandaleux, un brin opportuniste, du titre à l’époque, préférant « liqueur sacrée » et parler de « fertilité », artistique.

A.M.

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