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Choses vécues avec Dado IV/IV

Dado, Sans titre, 2001, collages, 120 x 80 cm

Totalement étranger à l’univers pop et « clean » de son temps, gothique dans tous les sens du terme, ignorant le politiquement correct, Dado aurait hurlé dans une église, peu de temps avant sa mort et exigé de sortir dans la minute ses œuvres exposées.

Je lui ai plusieurs fois suggéré que sa peinture avait quelque-chose de religieux : « chut, il ne faut pas le dire à Beaubourg ! » Il avait bien compris le sésame de l’athéisme, particularité française.

Vers 2000-2002, Dado recouvrait, à fresque, les murs d’une chapelle gothique désaffectée près de Gisors, transformée en léproserie, puis en garage et qu’il a immédiatement appelée La Chapelle Saint-Luc*, le patron des peintres. Dado avait, certes, le goût du blasphème mais comme seuls des croyants peuvent l’apprécier. Il aurait aimé que sa chapelle soit reprise par un ordre religieux, en vain, on s’en doute, et pourtant…

Le lundi après-midi, après le rituel d’un déjeuner près de la cuisine d’un restaurant portugais, nous passions à la Chapelle. Soudain, il monte sur une échelle, saisit un pinceau, et en deux minutes, à peine, transforme un pan de mur. -« Miodrag, tu peins vite! » – « Oui, mais ça fait deux jours que j’y pensais. »

Un jeune tagueur, qui viendra à la galerie, a recouvert ses peintures murales en cours. Dado, loin de se fâcher, repeint dessus. Puis de nouveau, jusqu’à ce qu’il se cache, le surprenne et loin de se fâcher, l’amène à son atelier pour lui apprendre la composition et la disposition des œuvres, les unes par rapport aux autres.

A .M.

*Cf. « La chapelle Saint Luc », éditions Alain Margaron, 2002.

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