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Choses vécues avec Dado I/IV

Dado, "Journal de la famille", 1969, encre de Chine sur papier, 85 x 150 cm

Quand j’ai ouvert la galerie, en avril 1993, je collectionnais déjà quelques œuvres de Dado, sans le connaître. Il est venu prendre un verre le premier soir, chez moi, puis nous sommes allés dans une brasserie, où, hirsute et habillé comme il l’était, le portier lui refuse l’entrée. « Le propriétaire de Georges (le nom du restaurant) possède des Dado », répond-il, sans le regarder.

La conversation à table est animée. D’une culture d’Europe Centrale, proche de l’Allemagne, il nous parle notamment de « Struwelpeper », de Heinrich Hoffmann, écrit au milieu du XIXème siècle, un livre pour enfants, illustré, plein de bons principes que Dado s’était, bien sûr, fait un plaisir de détourner, comme son merci à la fin du dîner : « il était dégueulasse ton gigot! »

Comment ne pas penser, en le voyant, à Abdallah de Hergé ou plutôt au Tambour de l’écrivain allemand, Gunther Grass : cet enfant qui refuse de grandir par révolte contre les adultes ?

Dado avait soigneusement enraciné le moulin qu’il habitait dans un imaginaire gothique et mystérieux, aux réminiscences « draculéennes » : toiles d’araignées, mare aux tortues vénéneuses, oies d’attaques, fragments de squelettes émergeants du sol, vaches qui surgissent dans votre dos contre la fenêtre de l’atelier, verres encrassés où il proposait du gros rouge, heureusement sans trop insister.

Il a enfermé dans son jardin au milieu des oies, menaçantes, la directrice de son atelier de gravures. Elle lui avait fait une remarque qu’il n’avait pas appréciée !

A .M

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