Bernard Réquichot, penser par la peinture

Bernard Réquichot, Sans titre, 1958, Encre à la plume avec rehauts de gouache, 75 x 105 cm

Du 27 mars au 31 mai la galerie Alain Margaron expose quarante peintures et dessins de Bernard Réquichot.

Le Centre Pompidou avait titré, l’an dernier, sa rétrospective Bernard Réquichot : je n’ai jamais commencé à peindre. Un paradoxe, pour quelqu’un qui a consacré les cinq premières années de sa vie d’artiste exclusivement à la peinture (et au dessin), les six suivantes, avant sa mort prématurée à 32 ans, à créer de nouvelles formes d’expression plastiques (papiers choisis, écritures illisibles, reliquaires, enroulements de toile, sculptures en anneaux de polystyrène, découpages et collages de fragments de ses peintures), non pour s’éloigner de la peinture mais pour en élargir les possibilités d’expression. Le pictural a gardé jusqu’au bout un rôle central dans son oeuvre.

Ses reliquaires sont recouverts de peintures; ses sculptures sont formées à partir de toiles peintes enroulées; ses anneaux de polystyrène donnent une forme tri-dimensionnelle aux dessins de spirales; la peinture se confond avec les collages de photos magazines de ses papiers choisis; peinture et dessin ne font qu’un sur ses traces graphiques. Ses peintures des dernières années (celles au couteau, les Guerres de nerfs, les Ciels prolifiques) sont des aboutissements de toutes ces recherches picturales.

Pourquoi donc Je n’ai jamais commencé à peindre?

Sans doute, Réquichot voulait-il suggérer qu’il n’est jamais allé jusqu’au bout de la haute idée qu’il se faisait de la peinture, « cosa mentale », pour scruter la formation de nos pensées et émotions, et s’approcher de la double énigme de notre existence et de notre place dans l’univers et le temps?

Son oeuvre est restée d’autant plus secrète qu’il ne s’est jamais exprimé directement sur elle. Ses écrits, parmi lesquels des écritures de poésie sonore, sont davantage une autre forme de création, complémentaire de l’oeuvre plastique, qu’une explication. Ils rejoignent ses recherches graphiques sur les écritures illisibles.

Cette nouvelle exposition est accompagnée d’un livre, d’Éric Méchoulan, ancien professeur à l’université de Montréal et au Collège international de philosophie, actuellement à Oxford Je ne sais pas c’qui m’quoi, enquête sur une expérience esthétique avec Bernard Réquichot, que nous co-éditons avec l’Atelier Contemporain.

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