L’éternité de l’éphémère

Dans cet autoportrait, Music se représente en penseur de son destin, pris dans le poids des ans, courbé, la tête réfugiée dans les épaules. Il médite sur la mort qui avance inexorablement, dont l’image brutale ne l’a pas quitté depuis Dachau.
C’est en pleine conscience qu’il veut continuer à vivre, tout en affrontant la dégradation qu’il subit, jusqu’au bout, jour après jour, jusqu’aux toutes dernières parcelles de lumière du corps et de l’esprit.
Son épaule gauche est encore large et puissante. Les bras croisés, posés, pèsent sur ses cuisses. Ces membres sont sobrement dessinés en noir sur un fond gris et vermeil qui nimbe le fond peint sur la toile de jute.
Seules sa tête et ses mains imposantes sont blanchies à la craie, lumineuse et friable. L’artiste pense et continue à créer au bout du pinceau. Il se concentre sur cette dernière image qu’il porte en lui, l’une des siennes, de celles avec lesquelles il a toujours vécu, le grand luxe d’un peintre, m’avait-il dit.
Cet autoportrait rejoint les plus profonds de l’histoire de la peinture, ceux qui résistent au temps parce que la puissance créatrice de l’artiste face à la diminution de ses forces de vie immortalise l’éphémère de sa condition humaine.
A.M.