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Laubiès aux États-Unis

René Laubiès, 1965, Huile sur papier marouflé sur toile, 55 x 75 cm

Dans les années 50, Laubiès s’est senti davantage en affinité avec la scène artistique américaine qu’avec l’embrigadement dans des petits carreaux de l’École de Paris.

Il est entré Outre-Atlantique discrètement, par les poètes, notamment Ezra Pound dont il traduira Dos Cantos et Robert Creeley avec qui il a collaboré sur plusieurs livres d’artistes, notamment « The Immoral Proposition ».

En 1954, Creeley écrit dans le premier numéro de la prestigieuse Black Mountain review qu’il dirigeait : L’art de Laubiès débute à ce point où les choses ne sont pas encore reconnues, lorsqu’elles ne se réfèrent qu’à elles-mêmes… Ainsi, nous sommes indéniablement impliqués. C’est comme un son pour lequel aucun « langage » n’a encore trouvé de mots mais qui néanmoins nous touche.

Huit dessins et peintures de René Laubiès étaient reproduits dans la revue. Creeley lui a proposé le poste de professeur d’art graphique au Black Mountain College (d’où sont sortis Rauschenberg, Jasper Jones…).

L’institution fermera en 1957. Laubiès a, finalement, accepté un poste de « visiting professor » pour six mois, à l’université d’Alabama. Il y réalisera plusieurs encres en rapport avec l’Oiseau Tao, d’un format inhabituel pour lui. Aux États-Unis tout est grand !

Peu après, il signait la première traduction française des Dos Cantos d’Ezra Pound, un autre ami proche. J’aime sa langue simple, extrêmement concise, nette de toute sentimentalité, de tout lyrisme rayonnant. C’est une mer immense où nager longuement. Comme sa peinture.

Il ressentait une affinité avec l’expressionnisme américain, en particulier celui de Pollock, le « all over » qui prolonge au-delà de la toile, des morceaux d’infini comme avec les peintures chinoises qui ne s’arrêtaient pas au bord du papier.

Laubiès aurait pu faire carrière, aux États-Unis, d’autant que ses origines internationales, chinoise, française et créole facilitaient son assimilation. Une galerie new-yorkaise avait commencé à l’exposer ; le musée d’Indianapolis avait acquis une de ses splendides peintures récentes qui disent moins pour exprimer plus ; il bénéficiait de l’appui d’un nombre grandissant d’intellectuels, dont Henry Miller.

Pourtant, Laubiès a préféré reprendre son attirail de peintre migrateur (15 kg : papiers, couleurs, minimum de vêtements) et poursuivre son œuvre au rythme de l’intensité de ses émotions esthétiques et spirituelles, sans contrainte de «production ».

A.M.

René Laubiès, 1962, aquarelle sur papier, 38 x 45 cm

Comme un son pour lequel aucun « langage » n’a encore trouvé de mots mais qui néanmoins nous touche.

Robert Creeley.

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