Ces liens qui nous unissent L’œuvre de Fred Deux entre 1960 et 2000

Fred Deux, Initiation, 1985-1986, mine de plomb sur papier Arches, 206 x 231 cm

La fertilité de son imagination – qui impressionna fortement Daniel Cordier quand il  redécouvrit son œuvre à la galerie – et la finesse de sa sensibilité ont conduit Fred Deux sur le chemin d’une quête mystique et philosophique sur notre place dans l’espace et le temps. Ses dessins, spécialement entre 1960 et 2000, font partie  des  avancées artistiques et intellectuelle de la seconde moitié du XXème siècle.

Sous l’apparence dessinée d’un rêveur éveillé, diaphane, qui laisse sa main guider librement ses œuvres, Fred Deux guettait les traces de vie que lui transmettaient son corps et sa mémoire. Il explorait l’humain en deçà et au-delà de notre passage sur terre (rapports au corps maternel et à nos ancêtres, mystères de la procréation, transmission) et dans le présent (accouplements, enrichissement fusionnel d’une vie de couple, solidarités et échanges).

Nous avons conçu cette nouvelle présentation de son œuvre à la galerie autour de huit axes culminants : naissance de formes cellulaires qui deviennent organiques dans les années 60; fusion lumineuse de nos organes avec les racines et les troncs de ses Papiers Japon vers 1970; mise en scène de l’énergie et de la fécondité des Spermes colorés qui annoncent son grand virage des années 2000 vers la couleur; dessins autour de ses Livres uniques; réseaux nerveux hypersensibles des autoportraits seuls ou en couple; quête de vie avant la naissance et après la mort; Demeures de l’être étagées par générations; filets ou murs de briques qui nous retiennent.

Dans ce monde silencieux, les échanges de Fred Deux avec la nature, celle de ses promenades le long de l’Indre et la palpitation de ses animaux, fusionnent  souvent avec ses représentations humaines.

Fred Deux, Interpretation, 1975, mine de plomb sur papier, 59,5 x 42 cm

Apparaît dans les années 70 une tension entre formes organiques et géométriques. On le voit dans la série des Spermes colorés vers 1973 : leur double élan vers la sexualité et la procréation se confronte souvent avec des formes rectangulaires, plus ou moins irrégulières.

En 1975, Fred Deux se consacre à des dessins en noir et blanc, aux traits acérés. Dans celui reproduit ci-dessus, des parallélépipèdes de carrés lumineux à l’intersection des angles laissent s’échapper ou absorbent des formes humaines, on ne sait. À ce moment-là, Fred Deux est désespéré. Il se bat contre lui-même.


Les traits ont la même acuité que ceux des Livres uniques qui unissent des dessins et des textes minutieusement écrits à la main. Nous montrons l’un d’entre eux, le Traité de coagulation, 32 dessins, 1979. Autre point phare, les Autoportraits, qui occupent une place centrale dans la démarche de Fred Deux.


L’artiste capte les signaux, messages, tout ce que son corps, sa mémoire, l’imagination de sa sensibilité peuvent lui dire et dicter à sa main. Il est plus que jamais en quête de soi.

Les visages, d’une blancheur immaculée, traduisent une méditation profonde sur une vie intérieure captée par des organes aux traits appuyés. Ils nourrissent l’être mental, communiquent souvent aussi avec un « con-joint », au sens littéral du terme. Les couples sont certes réunis par la sexualité, mais bien au-delà par un processus de vie et de partage d’interrogations sur ce que nous sommes dans le temps.


Les formes géométriques deviennent plus souples. Dans le dessin reproduit ci-dessous, une chaise rectangulaire se métamorphose en corps. Deux personnes en couple regardent au loin, chacune de son côté, reliées par de multiples vaisseaux, sanguins, nerveux et nourriciers. Deux mains s’empoignent. Une étrange construction grimpe jusqu’à une crucifixion qui unit des êtres entre eux et, peut-être, à l’humanité.

Les accumulations de rectangles ou de carrés, lorsqu’elles sont présentes, se trouvent adoucies, nuancées : loin des briques des années 90, elles évoquent un carrelage qui habille un habitacle, aux allures, parfois, de peau. Chez Fred Deux, le règne animal n’est jamais loin de l’exploration du corps.

A.M.