André Derain
Derain est bien un artiste du XXème siècle. Il suffit d’enlever les cadres dorés, vieillots et souvent prétentieux, dont on affuble ses œuvres, pour que celles-ci respirent et trouvent leur place naturellement dans l’histoire de l’art du XXeme siècle.
Pour en rester aux portraits, nous faisons un tri rigoureux entre les commandes agréables et plaisantes et ceux qui dégagent un type, laissent apparaître parfois quelque chose d’androgyne dans les visages et les bustes. Derain ne cherche pas à faire beau. Il s’intéresse à « l’être », à sa complexité, au delà de l’apparence, à quelque chose de plus universel et souvent intemporel, ce qu’enrichit notre dialogue avec les siècles antérieurs.
De même, il faut trier les «nus de remerciement» (de ses nombreuses maîtresses) et ceux qui prolongent les révélations d’un visage, suggèrent la relation du corps avec la nature, incarnent l’érotisme et la puissance de création de celle-ci, réinterprétent la mythologie. D’autres, dans les années 20, sont soulignés de traces noires, probable réminiscences de corps déchiquetés, mêlés de terre, dans les tranchées.
Derain est un artiste considérable, mal étudié, mal défendu depuis la mort de son marchand, Paul Guillaume, dont l’importante collection exposée au Musée de l’Orangerie reste, pourtant, éclairante.
Commenter les peintures ou dessins aboutis de Derain reste un travail exploratoire passionnant, pour les œuvres postérieures à 1920. Il existe un catalogue raisonné des peintures, en trois volumes, réalisé en 1996 par Michel Kellermannn et financé par la galerie Schmidt, sérieux et rassurant. Mais la plupart des reproductions sont petites et en noir et blanc.
Derain lui-même a très peu commenté ses oeuvres par écrit. Sans doute, croyait-il trop à la puissance de la peinture pour ne pas laisser le regardeur s’enrichir en découvrant par lui-même. Des livres intéressants ont été écrits sur sa biographie mais les éléments critiques sont rares.
Mais ne trompe pas l’admiration de nombreux peintres importants, de Giacometti à Peter Doig. On a trop souvent dit que Derain était plus proche du XIXème que du XXème; il ouvre en fait vers la « continuité fertile » avec laquelle la création contemporaine renoue.
Né le 17 juin 1880 à Chatou, André Derain commence à peindre dès 1895. En 1898, il fréquente l’Académie Camillo où il rencontre Henri Matisse. À l’été 1900, il se lie d’amitié avec Vlaminck. Ils louent ensemble un atelier sur l’île de Chatou.
Aux côtés de Matisse et Vlaminck, il participe aux expériences fondatrices du fauvisme, dont il est l’un des acteurs majeurs, avant de s’en éloigner. À partir de 1907, son travail évolue vers une recherche plus construite, nourrie par l’héritage de Cézanne et par une attention portée aux formes archaïques — une peinture plus intériorisée, parfois qualifiée de « gothique » ou byzantine, où la figure s’impose avec retenue.
Après la Première Guerre mondiale, à laquelle il participe activement, son œuvre s’inscrit dans un dialogue approfondi avec la tradition picturale. Paysages, figures et natures mortes témoignent d’une recherche d’équilibre et de permanence, en résonance avec les maîtres anciens, de Poussin à Corot ou Renoir.
Refusant toute adhésion durable à un mouvement, Derain construit une œuvre indépendante, marquée par une réflexion constante sur les fondements de la peinture. Ce positionnement, en décalage avec les récits dominants de l’art moderne, a contribué à une réception plus contrastée de son travail, surtout après la mort de son marchand Paul Guillaume en 1934.
Il a pourtant entretenu un dialogue constant avec de nombreux artistes majeurs de son temps — Matisse, Braque, Picasso, Balthus. Alberto Giacometti écrit en 1957 : « Derain est le peintre qui me passionne le plus, qui m’a le plus apporté et le plus appris depuis Cézanne, il est pour moi le plus audacieux.» Giacometti précise que son admiration porte sur toutes les périodes de Derain, jusqu’à sa mort en 1954, et particulièrement sur sa dernière période.
Renversé par une voiture en juillet 1954, André Derain meurt le 8 septembre à Garches. Il repose au cimetière de Chambourcy.
Les expositions de André Derain
1954–1955 – Rétrospective, Musée national d’art moderne, Paris (179 œuvres)
1980–1981 – Hommage à André Derain, Musée d’Art Moderne de la Ville de Paris
1981–1982 – A. Derain, Fondation Septentrion, Marcq-en-Barœul
1991 – André Derain, Musée d’Art Moderne, Troyes
1991–1992 – Un certain Derain, Musée de l’Orangerie, Paris
1994–1995 – André Derain. Le peintre du « trouble moderne », Musée d’Art Moderne de la Ville de Paris
2007 – Derain : sculpteur & photographe, Musée des Beaux-Arts, Carcassonne
2017–2018 – André Derain, 1904–1914. La décennie radicale, Centre Pompidou, Paris
1905 – Salon d’Automne, Paris
1951 – Le Fauvisme, Musée national d’art moderne, Paris
1952–1953 – Les Fauves, Museum of Modern Art, New York
1977 – Paris-New York, Centre Pompidou, Paris
1979 – Paris-Moscou, 1900-1930, Centre Pompidou, Paris
1980–1981 – Les Réalismes : entre révolution et réaction, 1919-1939, Centre Pompidou, Paris
1981 – Paris-Paris. Créations en France, 1937-1957, Centre Pompidou, Paris
2017 – Derain, Balthus, Giacometti. Une amitié artistique, Musée d’Art Moderne de la Ville de Paris
Collections publiques (sélection)
Musée d’Orsay, Paris; Musée national d’art moderne, Centre Pompidou, Paris; Musée de l’Orangerie, Paris; Musée d’art moderne de la ville de Paris, Museum of Modern Art, New York; Metropolitan Museum of Art, New York; Tate Modern, Londres; National Gallery of Art, Washington D.C.
Bibliographie
1952 – Les Fauves, catalogue d’exposition, Museum of Modern Art, New York
1981 – A. Derain, catalogue d’exposition, Fondation Septentrion, Marcq-en-Barœul
1991 – Un certain Derain, catalogue d’exposition, Musée de l’Orangerie, Paris, Réunion des Musées Nationaux
1994 – André Derain. Le peintre du « trouble moderne », catalogue d’exposition, Musée d’Art Moderne de la Ville de Paris
1995 – Mon cher André Derain, François Rouan
1992–1999 – André Derain, l’œuvre peint, Michel Kellermann, 3 volumes, Galerie Schmit, Paris (catalogue raisonné)
2007 – Derain : sculpteur et photographe, catalogue d’exposition, Musée des Beaux-Arts, Carcassonne
2015 – Derain, le titan foudroyé, Michel Charzat, Hazan, Paris
2017 – André Derain, 1904–1914. La décennie radicale, catalogue d’exposition, Centre Pompidou, Paris
2024 – Derain et ses amis, Michel Charzat, Gourcuff Gradenigo







