Karl Godeg

(1896-1982)

Ma rencontre d’artiste la plus étonnante est celle de Karl Godeg, en 1999, au hasard de mes déambulations à Berlin, devant la vitrine de l’une de ses curieuses boutiques de brocante et de ventes aux enchères.

Sur les cimaises, des toiles poussiéreuses sur châssis à écrous laissaient sourdre une lumière vermeille d’un fond obscur, comme de la nuit des temps.

Je n’avais rien vu de pareil et malgré mon intérêt ancien pour la scène artistique allemande, je n’avais jamais entendu le nom du peintre. Je choisis une trentaine de toiles, organise l’expédition à Paris, avant plusieurs aller-retours à Berlin sur les traces de cet inconnu-connu que devenait pour moi Godeg.

Enthousiaste, Jean Jacques Aillagon, ex-Directeur du Centre Pompidou et ex-Ministre de la Culture, préface un livre ; un conservateur allemand lui consacre une longue étude ; René Duvillier m’écrit Il s’agit d’un artiste majeur ; Hong InSook est fascinée par ses effets de matière…

La rencontre de Fred Deux avec Godeg paraît rétrospectivement historique. Fred ne connaissait pas davantage l’artiste, mort vingt ans auparavant. Ce fut un véritable choc, comme devant un frère en arts plastiques qui partageait les mêmes recherches métaphysiques ancrées dans les profondeurs de la terre.

Quelques heures avant notre vernissage, en 2003, il vint avec Cécile examiner attentivement ses Goldbilder (tableaux dorés), en choisir un qui veillera comme un tabernacle dans la demi-obscurité de leur salon, à la Châtre.

Cette œuvre a été le déclencheur des grandes peintures-dessins de ses onze dernières années, les premières dans les mêmes tonalités vermeilles. Il n’a jamais voulu s’en séparer, même le temps d’une exposition.

En 2024-25, avant sa fermeture une peinture dorée de Godeg est exposée au Musée National d’Art Moderne, Centre Pompidou.

A.M.

Biographie

1896 : Naissance de Karl Goldberg dans le Vogtland, à l’est de l’Allemagne, qui se trouve aujourd’hui en ex-Tchécoslovaquie.
1911 : Premier dessin, apprentissage de la sculpture. Acteur de théâtre.
1913-14 : Séjour de six mois à Londres.
1914-18 : Enrôlé dans l’armée allemande. Continue à dessiner sur le front. Il reste de cette période une église en ruines à Verdun.
1919-21 : Étudie la peinture à l’Académie des Beaux-Arts de Berlin.
1921 : Commence à signer ses œuvres Godeg.
1926 : Se marie avec Thekla, actrice de théâtre qui devait publier un livre sur le contrôle des naissances en 1933, dont les Nazis interdirent la publication, et qui voudra que le couple soit étroitement surveillé. Godeg se réfugie dans l’anonymat, vit de son poste de professeur de dessin, réalise des paysages plus conventionnels mais qui parfois disent « la chape de plomb qui pesait sur l’Allemagne ». Le couple vit à Berlin et dans la campagne environnante.
1940-45 : Mobilisé pendant la deuxième guerre mondiale, il est envoyé à Paris comme dessinateur de guerre.
1946-56 : Maître assistant à l’université. Réalise une importante série des dessins des stars de cinéma, théâtre, danse. Certains sont publiés dans des magazines. En peinture, il admire les Surréalistes, interdits sous les Nazis, et approfondit ses recherches sur le rôle de la lumière sur les paysages.
1956 : Ayant abandonné les références figuratives, Godeg réalise des pastels sur toiles, des compositions abstraites souvent inspirées des paysages, composées avec beaucoup de rigueur. Il commence à être remarqué par la critique et à être exposé dans des musées et centres d’arts.
1958 : Installation dans le quartier de Charlottenburg à Berlin Ouest.
1962-65 : Période des Goldbilder (peintures dorées). D’abord totalement abstraites, ses œuvres laissent transparaître des allusions figuratives. Publication d’études par des critiques d’art influentes; expositions individuelles dans des musées et centres d’art, notamment la Haus am Waldsee.
1967 : À la suite d’un grand accident et du décès de son épouse il renonce à peindre.
1982 : Décès de Karl Godeg.
1999 : Découverte de l’œuvre par Alain Margaron dans un magasin-vente aux enchères à Berlin.
2000 : Exposition « Karl Godeg ou la magie de l’or » à la Galerie Alain Margaron.
2005 : Rétrospective « 60 ans de peinture de Karl Godeg » à la Galerie Alain Margaron, publication de « Karl Godeg, l’alchimie de la lumière », texte de Jean-Jacques Aillagon, Fred Deux, Sepp Hiekisch-Picard, Alain Margaron.
2024 : Accrochage d’une grande peinture dorée au Centre Pompidou, Musée National d’Art Moderne.

Les expositions de Karl Godeg

[INTRO]

Expositions institutionnelles
(liste non exhaustive)

1958 – Kunstamt Wedding, Berlin.
1959 – Galerie Schaumann, Essen.
1959 – Galerie Duncan, Paris.
1961 – Galerie Belfond, Paris.
1962 – Galerie Aumann, Musée de la ville Mönchengladbach, Düsseldorf.
1962 – Musée de la ville, Wüppertal.
1963 – Galerie de Coninck, Paris.
1965 Kassel, Kunstverein Berlin, Haus am See.
1966 Karl Ernst Osthaus Museum, Hagen.
1968 Galerie de Coninck, Paris.

Expositions à la galerie
2025 ‐
Godeg – Music
Bibliographie
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