
André Derain, Portrait de femme, circa 1948, huile sur toile, 38,5 x 29 cm
L’œuvre de ces quatre artistes, Derain, Hélion, Deux et Music, témoigne de l’importance persistante de la représentation du corps au XXeme siècle.
Le recours traditionnel au modèle n’a disparu ni pour Derain, ni pour Hélion. Mais souvent, ce sont des proches qu’ils représentent, leurs enfants (Hélion, Derain), maîtresses ou épouses : Ida, modèle féminin unique de Music ; Pegeen, la muse d’Hélion dont la beauté rejoignait son idéal esthétique, puis Jacqueline qui a inspiré ses Jambages ; Cécile, compagne du monde intérieur diaphane de Deux.
Ces nus et portraits fusionnent avec des recherches artistiques. Dans leurs meilleures oeuvres, Hélion et Derain peignent autant sur la peinture que sur le sujet représenté. Ils rappellent ainsi que l’art est moins une représentation du réel qu’un moyen de mieux l’appréhender, et que pousser les limites de leur médium sans l’appauvrir a valeur d’enjeu civilisationnel.
Le spectacle quotidien des mutilations de ses camarades de tranchées a renforcé le besoin de Derain de représenter la beauté humaine sans complaisance, avec un assez fréquent rappel noir – intégré au dessin sans être dit – des forces de l’anéantissement, tout en cherchant des correspondances formelles et érotiques avec la nature environnante.
De son côté, Fred Deux représente l’homme sous la peau, pour capter et donner forme à sa vie organique et mentale. Dans les nombreuses oeuvres qu’il a consacrées au couple (comme Macréau), ses portraits et autoportraits s’unissent jusqu’à, parfois, se confondre.
En dessinant, à Dachau, l’insoutenable des exterminations nazies, Music est devenu un artiste profond, central dans l’histoire du XXème siècle. Ses autoportraits traduisent la résistance d’un créateur à la mort qui s’approche, une volonté d’existence qui perdure.