Confidences de portraits

Zoran Music, Ida-, 1987, Huile sur toile, 41 x 27 cm

Les portraits de leurs proches ont joué un grand rôle dans la création esthétique de nombreux artistes.

Zoran Music a multiplié les représentations de sa femme, Ida, la mettant en résonance avec l’ensemble de son oeuvre : la peinture de ses mains rappelle celles des prisonniers dessinés dans le camp de Dachau et influencera le modelage des siennes, dans son âge avancé. La texture cuivrée du buste d’Ida est nourrie des Collines Dalmates.

En couple, c’est généralement elle qui capte la lumière. Zoran reste dans l’ombre. Avant d’être lui-même torturé et déporté, il avait rencontré cette belle femme issue d’une grande famille vénitienne et devenue peintre ( sous le nom de Barbarigo) ; il vivra en sa compagnie jusqu’à ses derniers jours.

 

Dans le portrait de Jean-Jacques, fils aîné d’Hélion, daté au jour près comme beaucoup d’œuvres clefs dans son parcours, est à l’origine de la série culte des Hommes au chapeau qu’Hélion reprendra à son retour aux Etats-Unis après une spectaculaire évasion de son camp de prisonnier en 1942. Le père venait de retrouver son fils après une douloureuse séparation imposée par sa première femme. On y voit apparaître le masque et le début de la géométrisation du réel.

À partir de 1944, sa rencontre de Pegeen relance la fusion des visages et des corps, dans le dessin d’une abstraction mi-géométrique, mi-fluide, qui devient le fil conducteur de son oeuvre figurative. Comme il l’a écrit, Hélion était tombé follement amoureux de son type esthétique.

 

Dans L’imagination bénissant les artistes, Fred Deux dessine un face à face attraction-répulsion d’un couple stérile, encadré de trois paires de mains créatrices au-dessus d’une prédelle de corps qui glissent dans le temps, ancêtres-descendants. Cécile, la seconde femme de Fred Deux, rencontrée à la librairie La Hune en 1952 où il venait régulièrement commander des livres pour la librairie surréaliste de sa première épouse à Marseille, restera sa complice attentive jusqu’à la fin de sa vie. Graveuse d’interpretation, Cécile Reims se revendiquait co-auteur.

Les exemples pourraient être multipliés, en particulier pour André Derain. Ces portraits intimes sont un moteur puissant de leur évolution esthétique et, souvent, un trait d’union fertile vers les autoportraits.