Communiqué de presse, Jean Bazaine, œuvres ultimes, du 6 juin au 22 juillet 2023

Jean Bazaine, Vent sur la lande, 1987, Huile sur toile, 52,5x132 cm

Ses œuvres tardives donnent raison à Jean Bazaine : en art, la jeunesse est un don qui s’acquiert patiemment, à mesure que l’homme vieillit. L’esprit naît vieux. Pour notre premier accrochage de Jean Bazaine, nous avons choisi des aquarelles de 88 à 92, de grand format et des peintures de 1987 à 99. L’artiste, né en 1904, avait entre 83 et 95 ans. Au début des années 70, Bazaine a renoncé aux effets de matière, d’épaisseur de peinture manipulée au doigt. Il a repris ses pinceau et réintégré la luminosité blanche du support. Ses œuvres révèlent des apparitions fulgurantes de formes, une énergie qui sature l’espace au delà des formats, sans toucher les bords (à la différence du « all over »). Il privilégie la densité sur l’immensité, les champs de tension, la dynamique. Ses espaces en respiration, ses formes génératrices d’elles-mêmes, ses rythmes créateurs révèlent, sans effet de taille, un des grands abstraits de la seconde moitié du XXe. Pendant la guerre, Jean Bazaine est passé de la figuration à l’abstraction, une abstraction non pas géométrique, comme celle qu’a abandonnée Hélion, mais plus proche de la nature, plus précisément de l’énergie qui donne vie à la nature et aux éléments, nous relie à eux et nous place dans le cycle d’un monde en devenir dans sa mobilité même. Dessiner d’après nature, c’est simplement pour moi incorporer par la main, plus profondément que par la vue, ses rythmes, ses forces, des structures, les faire miens.

Ses œuvres respirent la fluidité, la mer, l’air, expriment un flux incessant, une vie en devenir, un élan de vie spirituelle, à la recherche d’une co-présence du monde et de soi. Proche de Bergson, de Proust et de Merlot-Ponty, Bazaine est à la recherche de l’épiphanie de « paysages-événements », de ces moments privilégiés où la sensibilité au beau et la réminiscence d’émotions profondément ressenties rejoignent la pensée. Le fond fusionne avec la forme pour exprimer la permanence du passage du temps.

AM.