A l’occasion des expositions au Musée d’Art Moderne de Paris de Jean Hélion, au Centre Pompidou de Bernard Réquichot, et du centième anniversaire de la naissance de Fred Deux (également exposé au quatrième étage du Centre Pompidou en 2004, au musée des Beaux-arts de Lyon en 2019), nous nous interrogerons sur la pertinence du critère abstraction ou figuration pour appréhender leurs œuvres.
La question ne manquera pas de se poser au sujet de Hélion, dont la rupture avec l’abstraction en 1939 avait radicalement modifié le regard porté sur son oeuvre. Lui-même n’a pourtant pas cessé de rejeter cette distinction, dès 1933. Il a depuis exploré librement toutes les facettes de la peinture, abstraite, figurative, conceptuelle…, les a combinées, enrichies les une des autres pour lui ouvrir des champs d’expression nouveaux face au risque que le réel nous échappe. Hélion a été le premier artiste à rendre l’opposition entre l’abstraction et la figuration obsolète, au prix d’une incompréhension qui commence seulement à se lever.
Pour Fred Deux et Réquichot, le problème se posait différemment. Ils n’ont jamais été pris dans un combat théorique entre l’abstraction et la figuration. Pour approcher notre monde intérieur, ses angoisses et ses ressorts (Fred Deux), ou pour transposer une dynamique d’émotions et de pensées en formes polysémiques puissantes (Réquichot), ils introduisaient ou non des éléments figuratifs, suivant les exigences de l’œuvre en cours , sans que cela soit un critère déterminant.
Quand à René Laubiès, il me disait je peins abstrait parce que la nature est abstraite. Une manière de rappeler la spiritualité des paysages qu’il aimait, l’éternité de l’impermanence des nuages, des bords de mer, qu’il retranscrit sans rien enlever à leur beauté, au contraire, pour nous les faire aimer.
L’essentiel était pour ces quatre artistes de fusionner leur langage pictural et leur sujet, sans s’encombrer de distinctions théoriques obsolètes.
A.M.