Boix-Vives ne recopie pas ce qu’il voit, même les animaux qu’il saisit en quelques traits. Il a besoin d’inventer pour créer. Son imagination donne forme à des humains célèbres, visage animal mais signes distinctifs reconnaissables comme ses de Gaulle, Fidel Castro, Brigitte Bardot, des présentateurs, tous vus à la télévision branchée en permanence quand il travaillait.
Il a aussi créé une mythologie contemporaine de concierges, rois, curés, religieuses, juges…avec les attributs vestimentaires de leur profession, et ce qu’il imaginait de leur caractère et de leur univers mental, le tout sur un fond floral ou feuillu.
Ses compositions sans personnages, décoratives et abstraites, inspirées par la nature, sont étonnamment vivantes. Elles esquissent souvent des impressions fugitives, comme le frémissement du passage d’un oiseau ou d’un chamois derrière une composition de feuillages.
On voit, on découvre, mais aussi on sursaute, on est vu. Des regards perçants émergent de compositions picturales denses, comme, dans une forêt, celui d’une bête qui vous épie, vous « a à l’oeil », cachée par les feuillages et que vous ne découvrez qu’au dernier moment.
Boix-Vives demande parfois une double lecture. Les échanges de deux commères peuvent aussi se lire comme le jaillissement d’un feu d’artifice de fleurs, droites ou courbées, entre deux amants qui ne se quittent pas des yeux.
Le sacré n’est jamais loin : il donne une dimension à la fois religieuse et païenne à la nature.
Prédations et mort rôdent. Des regards intenses interpellent, parfois effrayent. Des bouches s’ouvrent sur des dentitions d’ogre, exorcisent la crainte des méchants, rappellent que la mort aussi fait partie de la vie. On retrouve une atmosphère de contes de fée, qui rappelle quelque peu Dado : Beaucoup de leurs œuvres effraient les adultes, enchantent leurs enfants. Le souvenir des estropiés de guerre que Boix-Vives avait vu défiler reste présent…II/III
AM.