Les dessins permettent de mieux appréhender la pensée d’un artiste, son travail en cours, d’entrer dans l’intimité de l’œuvre et de son auteur, de saisir l’intelligence de sa main et la naissance des formes, de distinguer entre les œuvres qui enferment et celles qui ouvrent.
Les regarder attentivement est un bon apprentissage du regard. Ils peuvent même inciter les visiteurs à retrouver le plaisir du geste de peindre de l’enfance, comme le souhaitent les commissaires de l’intéressante exposition du Centre Pompidou au Grand Palais (Dessins sans limite).
Certains dessins sont des oeuvres aussi abouties que des peintures, parfois même plus intéressantes, surtout quand l’artiste est en recherche. Ce sont de tels dessins que nous aimons sélectionner. La fluidité de l’encre et de l’aquarelle a permis à Jean Hélion de marier abstraction et figuration avec un rare bonheur dans les années 40, en particulier pour ses Figure Gothique de 1945 en hommage à Hartung dont il venait d’apprendre l’amputation.
Le dessin se prête particulièrement bien à l’exploration de nouveaux territoires artistiques depuis le XXeme siècle, ceux qui sont de l’ordre de l’intime et de la métaphysique existentielle.
La frontière avec la peinture est souvent tenue dans les oeuvres de Réquichot, Macréau, Dado ou Fred Deux. Les deux médiums s’enrichissent réciproquement. Des toiles deviennent graphiques pour laisser jaillir une énergie existentielle (Réquichot), donner une forme musicale à des éclatements (Dado), guider vers la conscience ce qui aurait pu rester enfoui (Macreau). À l’inverse les couleurs de la peinture ont permis à Fred Deux, à l’aube du XXI eme siècle, de sortir de ce qui risquait parfois de devenir un enfermement.
Le dessin est bien sans limite.
A.M.