Karl Godeg
Des fonds noirs d’une profondeur absolue, traversés de lueurs vermeilles ou dorées qui semblent sourdre de la nuit des temps — l’œuvre de Karl Godeg procède d’une quête obstinée et solitaire : la fécondation de la lumière par la profondeur obscure de l’être.
Figure délibérément marginale, Godeg a toujours préféré la solitude à l’émulation. Nourri par la quête spirituelle de l’expressionnisme, c’est par sa découverte tardive du surréalisme que son œuvre trouve son accomplissement avec ses tableaux abstraits des années 1960.
Avec sa série des Goldbilder, l’or devient matière à part entière — non plus lumière suggérée, mais présence physique et philosophique. Ces œuvres constituent une contribution aussi originale qu’importante à l’abstraction lyrique européenne des années 1960 et ont profondément marqué des artistes aussi divers que Fred Deux, Evi Keller ; on pourrait même trouver un écho de son œuvre dans les tableaux de Georg Baselitz des années 2020.
Karl Godeg naît le 22 mai 1896 à Reichenbach im Vogtland, en Saxe. Dès l’enfance, il dessine avec une précocité remarquable; entre 1911 et 1913, il étudie la sculpture et le moulage à l’école décorative de Dresde. Mobilisé pendant la Première Guerre mondiale, il continue à dessiner sur le front. Il est blessé à Verdun.
Entre 1919 et 1921, il étudie la peinture à Berlin et commence à signer ses œuvres « Godeg ». En 1926, il épouse Thekla, actrice de théâtre, avec qui il partagera toute sa vie.
Sous le régime nazi, le couple est étroitement surveillé. Godeg se réfugie dans l’anonymat, vivant de son poste de professeur de dessin, tout en réalisant des paysages qui, selon ses propres termes, disent parfois « la chape de plomb qui pesait sur l’Allemagne ». Entre 1940 et 1945, il est mobilisé et envoyé en France comme dessinateur de guerre.
À partir des années 1946–1956, il réalise une importante série de portraits de stars de cinéma, de théâtre et de danse, dont certains sont publiés dans des magazines. Découvrant le surréalisme, interdit sous les nazis, il approfondit ses recherches sur le rôle de la lumière, qui deviendra le moteur central de son œuvre.
À partir de 1956, ayant abandonné la figuration, il élabore des compositions abstraites d’une grande rigueur. Il commence à être remarqué par la critique et exposé dans des musées et centres d’art allemands. Entre 1962 et 1965, c’est la grande période des Goldbilder — peintures d’or — point culminant de sa recherche sur la lumière et la matière. En 1967, à la suite d’un grave accident dont son épouse est victime, Godeg renonce à peindre et se retire de la vie artistique. Il s’éteint à Berlin en 1982.
Il n’est connu en France que bien après sa mort, grâce au travail de la galerie, qui lui dédie de nombreuses expositions à partir de 2000. Une peinture dorée de 1962 est actuellement accrochée au Centre Pompidou à Paris.
Les expositions de Karl Godeg
1958 – Kunstamt Wedding, Berlin
1959 – Galerie Schaumann, Essen
1959 – Galerie Duncan, Paris
1961 – Galerie Belfond, Paris
1962 – Musée de la ville, Mönchengladbach
1962 – Musée de la ville, Wuppertal
1963 – Galerie de Coninck, Paris
1965 – Haus am Waldsee, Berlin
1966 – Karl Ernst Osthaus Museum, Hagen
1968 – Galerie de Coninck, Paris
2005 – Musée des Beaux-Arts, Chartres
2024 – Accrochage, Musée national d’art moderne, Centre Pompidou, Paris
La galerie lui dédie de nombreuses expositions à partir de 2001.
Bibliographie
2003 – Goldbilder, Sepp Hiekisch-Picard, Alain Margaron éditeur, Paris
2005 – Karl Godeg, l’alchimie de la lumière, Fred Deux et Sepp Hiekisch-Picard, préface de Jean-Jacques Aillagon, Éditions L’Atelier des Brisants, Paris
2012 – Karl Godeg, 1957–1963, Jean-Jacques Aillagon et Alain Margaron, Alain Margaron éditeur, Paris






