
Nous rapprochons du 9 septembre au 17 octobre 2026 Bazaine et Laubiès, deux peintres abstraits, inspirés par la nature, la fluidité du ciel et de la mer, les vagues, les couchers de soleil, la lumière.
Dotés d’une solide culture littéraire, philosophique et religieuse, tous deux entretinrent des relations avec de grands poètes de leur époque (Tardieu, Guillevic, Pierre Seghers; Ezra Pound, Robert Creeley…) et nous proposent des œuvres possédant une tonalité méditative affirmée. Laubiès veut saisir le souffle de l’univers, Bazaine le rythme d’un monde en perpétuelle formation à travers le vent dans les branches, le mouvement des vagues, la vibration de la lumière.
Ce qui les différencie : une génération d’écart, Bazaine est né en 1904, Laubiès en 1922, le cosmopolitisme de ce dernier, (Cochinchine, États-Unis, Inde devenue sa seconde patrie) qui tranche avec le fort ancrage dans la tradition française de Bazaine. Laubiès était proche du Taoïsme et du bouddhisme. Bazaine de Bergson, de l’art sacré et du catholicisme. Il a réalisé de nombreux vitraux particulièrement vivants (Saint Séverin à Paris, Chapelle de la Madeleine à Penmarc’h en Bretagne…).
Laubiès s’intéresse à la quintessence spirituelle des ciels et de la mer, suggère une présence lumineuse dans l’espace, des vibrations, capte notre regard sur des moments éphémères, alternatifs, qui nous transportent dans les flux de l’univers. Avec les années, ses gestes deviennent rares, rapprochent du Tao, d’un souffle qui anime l’univers, et dont il doit être l’instrument conscient, jusqu’à se dissoudre dans le monde sensible. Ses œuvres tendent vers le silence.
Plus cartésien, Bazaine cherche des équivalents de la nature dans des jeux de structures et de tensions, ses touches en aplat tentent de saisir la lumière qui devient l’objet de sa peinture L’énergie du monde sensible qu’il traduit est plus proche de nous. On est dedans, on sent presque les embruns de ses bords de mer. L’artiste-penseur revendique une co-présence du corps de l’artiste et des éléments (mer vent terre, lumière). Sa relation avec la nature est viscérale, quasi-charnelle. Il cherche à saisir un rythme plutôt qu’une forme.
Avec les années, les deux artistes se libèrent des contraintes formelles. L’oeuvre de Laubiès est de plus en plus épurée. L’expérience de Bazaine lui permet d’affirmer que l’on naît vieux pour mourir jeune. Sans esquiver une certaine forme de doute, la liberté et la puissance de ses dernières œuvres le montrent.
