L’exposition que nous découvrons aujourd’hui s’intitule Du modèle à l’autoportrait.
Mais elle parle peut-être moins du portrait, au sens traditionnel, que du destin de la figure humaine au XXe siècle.
Les artistes réunis ici, Hélion, Zoran Music, Fred Deux et André Derain appartiennent en effet à une génération d’artistes confrontée aux guerres du XXe siècle, aux bouleversements politiques et à l’effondrement de certaines utopies modernistes, qui modifient profondément la manière de représenter l’être humain.
Le portrait, l’autoportrait ou le nu appartiennent aux genres séculaires de la peinture. Chez ces artistes pourtant, la figure humaine prend une portée nouvelle, liée aux violences de l’histoire, aux désillusions politiques ou, chez Fred Deux, à une exploration obstinée des profondeurs psychiques et corporelles.
Pour Derain, l’expérience des tranchées laisse sur les corps quelque chose d’inquiet et de vulnérable, le plus souvent matérialisé par un cerne noir. Chez Music, l’expérience concentrationnaire de Dachau confère à la figure humaine une portée inédite, une présence diaphane semblable à une apparition où se mêlent délicatesse et nervosité du trait. Quant à Hélion, son retour à la figuration après les années d’abstraction accompagne une profonde désillusion. L’abstraction portait alors l’espoir d’un langage universel capable de transformer le monde. La violence de la guerre, de l’histoire, vient briser cette utopie et ramène la peinture vers la figuration humaine, vers la nécessité de l’incarnation, mais aussi vers le quotidien le plus prosaïque et vers les corps.
Dans leurs œuvres, la figure humaine devient le réceptacle des violences du siècle, des bouleversements intérieurs, mais aussi d’une réflexion persistante sur le corps, la mémoire, l’amour et ce qui, dans l’être humain, demeure essentiel et touche à l’humanité.
Maud de la Forterie, historienne de l’art