Boix-Vives, Le patron

Troupeau de chamois en montagne, 1965, Ripolin sur carton, 78,5x105cm

Né en Catalogne, après une enfance de berger illettré, Anselme Boix-Vives émigre en France en 1917, et devient, à Moûtiers (près de Courchevel), un marchand de fruits et légumes prospère, philanthrope et utopique. Il élabore ainsi, de 1955 à 1961, quatre plans pour la paix universelle par le travail, sur la base d’un entreprenariat individuel favorisé par le crédit, n’hésite pas à l’envoyer aux grands de ce monde, porte un regard bienveillant sur les choses et les gens, veut contribuer à notre joie de vivre.

Il ne peint pas que pour lui mais pour être compris, aimé et partager ainsi un idéal de vie, tout en se moquant dans certains portraits, plutôt gentiment, de ceux qui passent à côté. Son oeuvre visionnaire et utopique présente un monde harmonieux où les vivants, humains, animaux et végétaux vivent bien ensemble.

Boix-Vives n’a commencé à peindre qu’à 63 ans, en 1962. En sept ans, il a réalisé deux mille peintures et 400 dessins, développé un univers immédiatement reconnaissable, caractérisé par l’intensité de la couleur, la frontalité des figures, une vision du monde solidement ancrée dans la nature.

Son œuvre est le fruit d’une imagination fertilisée par un sens aigu de l’observation de la nature et des gens, autour de lui et à la télévision.

Il a été marqué par l’art populaire des chapelles romanes catalanes pour ses personnages, et par la luxuriance baroque des chapelles de Savoie pour ses compositions, avec un besoin revendiqué de décoratif .

Le Boix-Vives illettré est devenu poète et conteur. Il y a dans son œuvre du Jean la Fontaine et du Charles Perrault.On le rapproche parfois du douanier Rousseau (surtout dans sa dernière période, après son passage de la gouache à la peinture de Ripolin en 1965), plus souvent de Séraphine de Senlis, mais avec registre de sujets beaucoup plus large que cette dernière surtout intéressée par les fleurs.

Son oeuvre a pris sa place dans les grandes collections d’Art Brut, Elle a fait l’objet d’un important catalogue raisonné, a été soutenue très tôt par l’influent commissaire d’exposition Harold Szeemann et par le pape du surréalisme, André Breton, exposée dans des galeries reconnues pour le sérieux de leurs choix (Denise Bretaux à Paris, Alice Pauli et Varenne en Suisse, de nombreuses autres en Europe et aux Etats-Unis). Parmi les expositions institutionnelles marquantes : la Kunsthalle de Berne en 1964 (Harold Szeemann), la Halle Saint Pierre, en 2009 (Martine Lussardi), le musée de Chambéry en 2013 (Jean François Chevrier).

Nous présentons régulièrement Boix-Vives depuis 1995, et avons édité en 2009 un livre sur son œuvre, Anselme Boix-Vives : L’aménagement du monde, par Emmanuel Daydé.

AM.