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Lettre d’Alain, Février 2019

Si un mot devait caractériser l’oeuvre et la vie de René Laubiès, ce serait « effacement ».

Vers 1957, au moment où s’ouvre une voie royale pour lui, après avoir déjà été exposé par des galeries importantes, il refuse d’entrer dans la galerie de Daniel Cordier, prétextant qu’il n’avait pas assez d’œuvres. Lui-même me l’avait dit, Daniel Cordier me l’a confirmé et, beau joueur, nous a acheté quatre peintures pour compléter sa donation au Centre Pompidou.

A peu près au même moment, il a pris ses distances vis-à-vis de Robert Creeley avec qui il avait réalisé deux livres d’artiste et qui était très influent dans le monde de l’art aux Etats-Unis (à travers notamment l’université de Black Mountain).

Ensuite il se préoccupera peu de sa carrière, peignant hors de France, dans des pays lointains, tellement peu d’œuvres chaque année qu’il était inadapté au système marchand. Il préservait avant tout sa liberté, au profit de ce qui lui paraissait le plus important dans la vie : contempler, méditer, peindre, animé d’une spiritualité qui renouait avec ses origines asiatiques.

Sa peinture aussi va vers le dépouillement. Il en donne le signal en 1961 dans une très belle aquarelle, envoutante avec presque rien. Effacement que l’on retrouve particulièrement dans ses très beaux dessins et peintures de la fin, pour aller à l’essentiel, au-delà de la mort plus qu’au-delà de la vie. Ce sont ces œuvres que nous avons privilégiées pour notre accrochage à la galerie, en accompagnement de l’importante exposition des Sables d’Olonne.

A.M.

Sans titre, 1955, encre sur papier, 24 x 10 cm

 

Sans titre, 1961, aquarelle et pastel sur papier, 34 x 25 cm

 

Sans titre, 2004, aquarelle sur papier, 18 x 32 cm