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Jean Hélion, Chou, 1982, gouache et pastel sur papier coloré, 54 x 59 cm

« La peinture donne corps aux mots », disait Bernard Noël. Elle donne accès à une vérité enfouie, où le corps et l’inconscient se rejoignent, où la réalité extérieure déchire le voile de nos préoccupations et d’une médiatisation croissante.

Les artistes captent des nuances qui échappent au langage abstrait du binaire et de l’anglais véhiculaire, suscitent des phrases qui ont du poids et touchent juste. Ils peuvent nous éveiller, nous faire naître ainsi à nous-mêmes. Connaître une œuvre, c’est aussi « co-naître », naître à nous-mêmes avec elle.

Pour cela, le langage prosaïque ne suffit pas. Depuis toujours, en Europe et en Chine poésie et peinture sont intimement liées. La plupart des artistes que nous montrons ont été ou sont très sensibles à la poésie, en ont traduit, écrit, jusque parfois dans leurs titres, nous mettant ainsi sur la voie de mots qui peuvent advenir au contact de leurs œuvres.

Une condition: regarder attentivement les œuvres, en « présentiel », les voir et les revoir. Ces mois de confinement ont permis une certaine revanche du « même » par rapport au changement permanent : les mêmes arbres, les couchers de soleil sur le même horizon… Ce ne sont jamais, en fait, tout à fait les mêmes, parce que la nature change chaque jour, la lumière à chaque instant et que le regard que nous leur portons varie.

La peinture est un peu la clef de voûte de ce changement de regard, quand elle est suffisamment nouvelle et profonde pour livrer lentement ses richesses. Choisir les œuvres est un acte essentiel.

Les achats « abstraits » sans regard direct sur les œuvres se sont développés ces derniers mois, pas seulement sur internet. Les acquisitions enfouies dans des algorithmes ou qui restent dans des ports francs sont tout aussi abstraites. Et ne pourrait-on pas en dire autant d’autres qui collent trop aux attentes du moment (décoration ou prêt-à-penser) pour nous laisser le recul indispensable à la découverte ?

Certaines de ces œuvres continueront, à défrayer la chronique des records de prix, avec des « stops and go », au rythme des effondrements et des scandales.

Mais peut-être assiste-t-on, parallèlement, à une reprise en main des choix par des amateurs qui veulent trouver du plaisir et du sens à revoir quotidiennement leurs œuvres et y recherchent « l’inépuisable » (Bernard Noël) ?

A.M.

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