Michel Macréau

" Seul dans les années 60 "

Nous consacrons notre nouvel accrochage à Michel Macréau. Nous avons sélectionné pour cette exposition une quarantaine de peintures et des dessins de la période majeure de l’artiste, les années 60.

Galerie Alain Margaron, Paris

Du 12 septembre 2019 au 26 octobre 2019

Du 12 septembre au 26 octobre 2019, nous consacrons notre nouvel accrochage à Michel Macréau. Nous avons sélectionné pour cette exposition une quarantaine de peintures et des dessins de la période majeure de l’artiste, les années 60, celle sur laquelle nous nous sommes engagés depuis plus de 25 ans.


Après un succès fulgurant de 1961 à 1963 - exposition à la galerie Raymond Cordier, achats par des collectionneurs prestigieux comme les Pompidou qui l’exposeront plus tard à l’Elysée - Michel Macréau s’est retrouvé seul, désemparé quand son marchand a fermé la galerie pour faire le tour du monde.


Roi déchu, incompris, il continuera son combat avec rage tout au long des années 60 :


- combat pour innover, ouvrir des voies nouvelles comme Picasso lui en avait révélé la nécessité;


- combat pour concilier rapidité d’exécution et composition rigoureuse. Félin, doté alors d’une énergie exceptionnelle, Michel Macréau bondissait autour des toiles ou des papiers posés à terre pour que l’absence de recul laisse toute sa place au hasard et à la spontanéité;


- combat pour faire cohabiter les formes parfois chaotiques, voire schizophréniques, parfois éclairantes et prémonitoires, surgies de son inconscient, et les choses vues, observées qu’il aimait (scènes de famille, villages avec leurs arbres et leurs chapelles...) ou qui rejoignaient ses angoisses ( prothèses, mutilations...). Dans La femme dans l’antichambre de 1962 et dans Couple de 1964, l’écho des horreurs de la guerre donne forme à l’informe, à un chaos intérieur inquiétant. Des estropiés fortement amochés s’accrochent à leur couple. Dans Chateaufort, des prothèses transforment des adultes en automates ou rendent inquiétant un chat.


Pour le soutenir, ses amis peintres ont voulu qu’il participe à l’exposition « La Figuration narrative dans l’art contemporain », organisée par Gérard Gassiot-Talabot en 1965. Au lieu de l’aider, cette initiative a renforcé son isolement. Ses interrogations n’avaient pas d’enjeux politiques directs, même s’il questionnait sans tabous notre identité (quel es-tu?) et ce qui deviendra la théorie des genres (il est très difficile de différencier dans ses couples qui est l’homme et la femme).


Après l’exposition sur la figuration narrative, Macréau s’est senti encore plus seul, se demandant si son oeuvre avait un sens. Il passera l’essentiel des années 70 dans une maison de repos et de soins psychiatriques.


Il a fallu de nombreuses décennies pour comprendre que son oeuvre s’inscrivait dans l’histoire tout court et dans l’histoire de l’art en particulier, entre un avant, Picasso mais aussi Antonin Artaud et un après, la génération des Penck, Basquiat, Combas vingt ans plus tard. La liberté et la fluidité des formes, par exemple dans Chateaufort, annonce la figuration libre des années 80.


« Je trouve que le rapport avec Basquiat est évident », explique Combas. « Certains tableaux sont très proches, mais les gens ne veulent pas le voir. Dans le passé, je me suis amusé à faire passer des détails de ses oeuvres - comme certaines têtes - pour du Basquiat, et ça fonctionnait. »


A.M.