Édith Dufaux

" Les chemins d'Édith Dufaux "

La galerie Alain Margaron a exposé une quarantaine d’oeuvres d’Edith Dufaux, essentiellement des monotypes retravaillés, parfois de grands formats et quelques peintures.

Galerie Alain Margaron, Paris

Du 13 juin 2019 au 27 juillet 2019

Il s’agit de la première exposition individuelle d’Edith Dufaux à la galerie où elle est entrée mi 2017 en participant à un accrochage collectif.


Edith Dufaux est en recherche intellectuelle et existentielle sur les limites du corps et de l’espace, le besoin de voir et d’organiser mentalement ce qui nous entoure. L’espace l’impressionne dans les deux sens du terme, l’inquiète et dépose en elle son image, comme sa pratique des monotypes dépose des images sur le papier.


Quand l’espace est caché à la vue, elle désire le voir. L’obstacle à franchir sur le chemin, le sommet d’une montagne, une pente abrupte, l’incitent à surmonter ses anciennes appréhensions et à avancer. Quand de l’autre coté, elle dévale une pente vertigineuse, c’est Buster Keaton qui lui vient à l’esprit et des jeux de construction fragiles et éphémères pour se protéger tant bien que mal, avant un baptême dans l’eau d’un réservoir entouré de montagnes.


Ses cartographies, leur vision d’en haut libèrent la vue et les mouvements, passent les obstacles, inscrivent la « quête de cheminement de chacun, la mobilité humaine engagée dans le travail, le jeu, les déplacements... tout comme notre besoin de « passer de l’autre côté, de joindre des rives opposées. »


Edith Dufaux fait prendre conscience de l’étrangeté de notre rapport à l’espace. Elle mêle des volumes antagonistes faisant paraître sur le papier des reliefs et des creux. Ceux-ci sont traversés par des chemins au sein desquels la présence humaine donne une échelle aux paysages. Ces allées apparaissent comme une trace, la preuve d’un passage mais aussi le signe d’une certaine usure qui fait partie intégrante du paysage. Cette multitude de chemins prend une dimension organique, charnelle, à la manière d’un système nerveux, exprimant aussi le lien qui unit l’homme à cet environnement.


Son oeuvre s’articule autour de la façon dont l’être humain peut prendre place dans ces espaces. Elles joue sur les échelles en altérant volontairement la perspective. Elle montre aussi bien le visible que ce qui est caché faisant appel à notre imaginaire pour déceler ce qui échappe à notre vision derrière ces vastes montagnes. Elle dresse un parcours initiatique dans lequel il faut avancer. Les cadrages choisis par l’artiste viennent appuyer cette idée donnant la sensation qu’il faut avancer au- delà de ce que nous montre la surface picturale, malgré cet enfermement apparent.


Elle ne nous convie pas à une approche métaphysique et romantique comme Kaspar David Friedrich, à qui ses paysages de montagne et ses voyageurs, même à taille réduite, peuvent faire penser. Son approche est à la fois onirique, ludique et mentale. Elle nous offre aussi de très belles vues tout au long du voyage auxquelles les impressions des monotypes qu’elle retravaille souvent longuement laissent la force d’apparition d’un premier regard.


A.M.