Bernard Noël

Fred Deux, « Coeur de boeuf », 1962, encre de Chine sur papier sirius, 72 x 102 cm

Bernard Noël vient de mourir. Grand poète, romancier, historien, sociologue, critique d’art amoureux de la peinture, éditeur aussi, il a reçu en 2016, le grand prix de poésie de l’académie française pour l’ensemble de son œuvre.

Venus de deux horizons qui auraient pu nous opposer, nous avions plaisir à nous retrouver pour analyser notre époque, le besoin de reconquérir son imaginaire, ses désirs, de regarder autour de soi, sans médiatisation. Il m’a aidé à conceptualiser ce que je sentais d’instinct, les enjeux culturels et existentiels d’une galerie.

Nous nous étions rencontrés grâce à François Lunven que je venais de découvrir et sur lequel j’avais commencé à m’engager. Il avait les larmes aux yeux en regardant ses œuvres, anticipait malgré leur rareté, sa reconnaissance future, comme, disait-il, celle d’un Vermeer.

Je lui ai naturellement demandé s’il accepterait d’écrire la préface de mon premier livre sur la galerie, en 2004, « Un lieu pour voir ».
Quelques extraits : « Vous poussez la porte et vous entrez dans un regard. Vous revenez, vous prenez l’habitude à chaque nouvelle invitation de revenir, si bien qu’un visage s’ajoute aux noms qui vous font revenir. Vous commencez alors à considérer que ce visage est comme l’arrière pays de tous les noms qui, chacun, vous procure une satisfaction ressemblante en dépit des différences… Vous en êtes arrivé ainsi à ne plus dissocier le nom qui signe les lieux de ceux qui signent les œuvres, car il existe entre eux non pas une égalité, mais une réciprocité d’une nature un peu mystérieuse… Vous devinez ensuite que le nom qui signe ces lieux a choisi de n’y montrer par principe que l’inépuisable… Vous voyez bien les discordances, les contradictions, mais loin de s’exclure, elles concordent de telle sorte que l’ensemble réalise ce qui vous retenait en chacune… Vous comprenez ensuite que le choix fait régulièrement ici concerne moins un certain type de représentation que la construction d’une présence capable de s’élever dans le regard en y appelant une élévation réciproque… Vous passez désormais la porte d’Alain Margaron en sachant que vous entrez dans son regard et que c’est le plus court chemin pour découvrir le vôtre et l’enrichir. »

Ce texte m’a d’abord surpris, j’ai dû le relire à plusieurs reprises. Il m’a, bien sûr, fait plaisir et flatté, mais surtout, il m’a apporté la confirmation qu’un choix d’artistes, suivant des critères de vie, pouvait apporter quelque chose de cohérent et de nécessaire, y compris à quelqu’un de la sensibilité de Bernard Noël.

Il existe des rencontres créatrices, c’est particulièrement le cas de la vôtre, cher Bernard.

Merci. A.M.

 
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