Presse

Insook Hong

Du 1er juin au 22 juillet 2017

« La nature, on ne peut que l’accompagner, pas l’asservir »

Le monde de Hong InSook est devenu ces deux dernières années un peu moins végétal, un peu plus minéral. Ses peintures évoquent parfois des formes humaines, animales ou divines, mais à la manière de certaines roches volcaniques, ou des nuages. Dans son pays natal, peinture veut dire littéralement peinture de montagnes, montagnes qui recouvrent 70% du territoire de la Corée et abritaient, selon la tradition, les demeure des Dieux. Les monastères y sont haut perchés. Ces demeures de Dieux étaient source de fertilité : l’eau qui ruisselle, donne vie à la végétation, alimentent les rizières.

Hong a retrouvé en France et en Suisse les vagues infinies des sommets enneigés, le frisson de la poudre neigeuse qui se détache des branches contre la lumière dorée du soleil. Elle est tout autant sensible à la puissance de la mer en Normandie et à ses infinies variations de formes et de couleurs.

Sa peinture est gestuelle. Elle cherche à cerner au plus près les forces de création de la nature, avec des accents wagnériens qui emportent l’oeuvre dans leurs déferlements d’énergie.

Sa conception de la nature rejoint la distinction de Kant entre le beau et le sublime : « Le beau s’attache au fini de la forme, le sublime à l’informe et à l’illimité pour essayer d’aller au delà des apparences. Le sublime nous laisse sans voix, dans un état fusionnel. Ma peinture est devenue un peu plus abstraite, un peu moins figurative. »

L’artiste lit beaucoup, lentement, poésie et philosophie, aime savourer les phrases, traquer la justesse d’une pensée, décanter l’essentiel. Et son oeuvre propose à son tour une méditation poétique sur la nature, faite de stupeur, d’émerveillement et de modestie. « La nature est plus forte que nous, on ne peut que l’accompagner, pas l’asservir. »

Le temps pour elle est essentiel : temps long de la contemplation et de la méditation, temps court de la création. Sur ses grandes feuilles de papier mouillé, l’artiste ne dispose que de quelques heures avant que celui-ci se déchire. Il lui a fallu faire le vide en elle, son étonnante mémoire aux aguets, avant de mobiliser son énergie, dans un corps à corps épuisant avec l’eau et le papier, pour accompagner une création qui conduit vers des images contemplées et méditées.

Née en Corée en 1961, Hong InSook s’intéresse très jeune à la peinture. Elle s’installe en France en 1997, se remet alors à l’étude de la peinture en suivant les cours de l’Académie de la Grande Chaumière et de l’École des Beaux-Arts de Versailles, dont elle est diplômée en 2005.

A partir de 2006 et de sa visite de l’abbaye d’Auberive, dont les surfaces murales lui évoquent à la fois la trace des prisonnières qui y séjournèrent et des compositions picturales, elle entame des recherches qui forment le socle de sa production actuelle.

Le travail de Hong InSook est dans une certaine lignée asiatique par l’usage qu’elle fait du papier, de l’eau et de l’encre de Chine. Mais il est aussi profondément original par la démarche conceptuelle qui l’incite à s’effacer devant des forces naturelles de création. Son mélange de gouache et d’encre de Chine est suffisamment fluide pour répondre aux moindres sollicitations de ses deux mains sur les feuilles de papier qu’elle a mouillé au préalable avec un vaporisateur, pour guider l’oeuvre, tout en lui permettant de juxtapo¬ser des effets de transparence.

La feuille posée à plat est imbibée à en frôler parfois la désintégration. L’artiste ensuite la prend dans ses mains, la secoue, la froisse, balaye parfois le sol où elle a laissé tomber des couleurs, la manipule de différentes manières, alternativement sans voir et en regardant. Parfois alors il lui arrive de réagir très vite, par secousses du papier qu’elle tient par les bords, afin de conduire les couleurs. Dans l’humidité du papier, sa peinture fluide se déplace jusqu’à ce qu’après le chaos du dripping advienne un équilibre des formes et couleurs, jusqu’à ce que se révèlent une image mentale, un monde, souvent mouvementé, grandiose et puissant. L’artiste n’impose de touches directes qu’avec le bord du papier, pour gratter, effacer ou tracer des lignes.
Son oeuvre a continué à suivre des évolutions lentes et naturelles. Sans dessus dessous, ni haut ni bas, la pratique de la peinture de Hong InSook s’est d’ abord détachée de toute notion d’orthogonalité. Au fil des années, les jeux de couleurs se sont faits plus libres, variés, légers souvent, intégrant une donnée visuelle qui devient plus ortho¬gonale, occidentale. Ils se font aussi plus complexes comme en témoignent les aplats enrichis par l’introduction d’effets de pers¬pective.

Les couleurs s’éloignent doucement des aplats purs, des irisements oniriques au profit d’une mise en valeur du procédé de réalisation même. De fait, le papier qui est au centre de tout devient plus visible, plus sensible, habité par des contraires : la fragilité et la force que lui confèrent le passage de l’eau, son poids, puis sa dis¬parition, par effet de séchage, qui doit être le plus rapide possible. L’élément aquatique est ici aussi central que dans les rizières, et son action fait des oeuvres de Hong InSook les traces d’ un combat entre des forces antagonistes, entre la représentation et l’ abstraction.
La pratique de Hong InSook depuis 12 ans est une « pensée-paysage » féconde mais en retrait : l’artiste préfère ne pas trop expliciter. Dans sa culture, l’important n’est pas de dire mais de faire. A.M.

Biographie :

1961 : Naissance à Asan en Corée du Sud.
1997 : Installation en France.
2005 : Diplômée des beaux-arts de Versailles.
2006 : Réalise des séries de photographies sur la lumière, puis, après avoir élevé ses enfants se consacre entièrement à la peinture.

Expositions personnelles :

2008 : « Mémoire des lieux », Galerie Alain Margaron, Paris
2009 : « Contes de la Lune vague après la pluie », Galerie Alain Margaron, Paris
2011 : « Traces », Galerie Alain Margaron, Paris
2014 : « Les rizières du temps », Galerie Alain Margaron, Paris
2015 : « Pensée-paysage », Galerie Alain Margaron, Paris

Expositions collectives :

2007 : « Dix positions de l’art en France », musée de Gütersloh, Allemagne
2011 : « Un souffle venu d’Asie », centre d’art contemporain, Abbaye de Beaulieu, Ginals
2015 : « Séoul, Paris, Séoul », musée Cernuschi, Paris

Bibliographie :

- « Les rizières du temps », texte d’Emmanuel Daydé, préface de Christine Shimizu (Alain Margaron Editeur), 2014
- « Contes de la lune vague après la pluie », texte d’Emmanuel Daydé, (Alain Margaron Editeur), 2009

Collections publiques :

Musée Cernuschi