Galerie

La peinture enrichit nos vies

Très engagé dans le monde de l’économie , de la finance et de la communication jusqu’à 42 ans, j’avais toujours eu une passion, l’art: la littérature , la musique et surtout la peinture. J’ai très tôt pris conscience de l’importance de son énigme dans les paysages alpins de mes vacances. En 1990, j’ai tout quitté pour ouvrir une galerie trois ans plus tard. Dans ce livre, je parle de mon métier, de mes choix, des relations avec les artistes et de la gestion d’une galerie. La peinture reste plus que jamais essentielle pour enrichir notre vie, lui donner de la densité et résister aux dérives d’une société d’images.

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Le jeudi 3 juillet 2014, Industrie & Services

Galerie Margaron : depuis vingt ans, un modèle discret mais efficace

AlainMargaron

Cette galerie du Marais au réseau d’artistes et d’acheteurs fidèles fête ses vingt ans. Elle mise sur les musées plutôt que sur les foires.

Vous le rencontrerez rarement dans les foires et les mondanités.. Loin des peoples, Alain Margaron dit travailler à l’ancienne, s’engager en achetant les oeuvres de la quinzaine d’artistes qu’il soutient, au lieu de prendre celles-ci en dépôt. « Cela me permet d’avoir accès aux meilleurs pièces », explique-t-il. Le galeriste ne joue pas des coups, il mise sur la durée. « Je possède plusieurs centaines d’oeuvres, j’échelonne mes paiements aux artistes pour leur assurer des revenus réguliers », poursuit-il.

Sa stratégie : s’appuyer sur les musées et les centres d’art plutôt que miser sur de coûteux stands sur les foires, pour promouvoir ses protégés. Ainsi l’artiste Fred Deux, qu’il expose en ce moment dans sa galerie du Marais, afait l’objet d’accrochages au Centre Pompidou, dans des musées à Lyon, à Issoudun, en Allemagne et en Suisse… Le galeriste édite aussi à ses frais des ouvrages de référence sur ses poulains, tirés à plusieurs milliers d’exemplaires.

Car, pour Alain Magaron, marchand depuis vingt ans, « les grandes foires sont devenues spéculatives. Il faut payer très cher pour présenter les meilleures oeuvres, celles que, de toute façon, on vendrait bien. Je préfère affecter ce budget à l’acquisition de toiles ».

Club d’habitués

A ses yeux, ces foires incitent les artistes à produire intensivement. « Du coup, elles intéressent surtout des galeries qui sont en réseau avec d’autres dans le monde, pour faire monter rapidement la cote des jeunes artistes », explique-t-il. Lui, en revanche, a une clientèle aussi fidèle que ses protégés. « C’est presque un club d’habitués. 80 % de mes acheteurs ont acquis des pièces de plusieurs de mes artistes. Il ne se passe pas un jour sans que nous ne vendions un tableau », se félicite-t-il, alors que nombre de ses pairs se plaignent de ne plus voir personne en boutique. En 2013, cet ex-journaliste financier et ex-banquier, qui a changé de vie à quarante-deux ans, a vu son chiffre d’affaires (environ 1,5 million d’euros) grimper de 50 %. Mais ses prix restent raisonnables, eu égard aux délires de l’art contemporain : de 2.000 à 150.000 euros. Il ne joue pas sur le même créneau. Toutefois, « ce n’est pas le prix qui fait l’artiste », rappelle Alain Margaron.

MARTINE ROBERT

La galerie La Galerie Alain Margaron a fêté ses vingt ans d’existence en septembre 2013. A cette occasion, elle a présenté l’exposition « Les Singuliers » qui a réuni treize artistes renommés pour le caractère exceptionnel de leur œuvre et leur indépendance vis-à-vis du monde de l’art : Fred Deux, Michel Macréau, Dado, René Laubiès, Anselme Boix-Vives, Aurel Cojan, Clara Fierfort, Karl Godeg, Robert Groborne, InSook Hong, Lunven, Cécile Reims et Bernard Réquichot.

UN LIEU POUR VOIR par BERNARD NOEL

 

Vous passez la porte et vous entrez dans un regard. Vous n’en saurez rien avant longtemps. Vous êtes venu cette première fois pour répondre à l’attraction d’un nom. Vous entrez donc avec ce nom en tête et, d’une œuvre à l’autre, vous êtes tout entier au plaisir ou au déplaisir de comparer avec des souvenirs.  Quoiqu’il en soit, vous appréciez le choix aussi déposez-vous votre nom, votre adresse.  Vous dites merci et au revoir. Vous emportez peut-être l’espace, une manière d’occuper son volume, et ce dernier survit inconsciemment en vous comme une ombre – une étrange ombre claire. Vous recevez un mois plus tard une invitation. Vous l’examinez avec une curiosité qui va du nom de l’artiste à l’adresse, et tandis que vous reconnaissez cette dernière, l’ombre claire passe et repasse en vous et y reconstitue le lieu. Vous pensez que, décidément, cette fois encore, il s’agit d’une intéressante tentation d’aller voir. Vous lui cédez et, en passant la porte, vous éprouvez déjà une certaine familiarité. Vous ne lui prêtez pas une véritable attention parce que vous êtes venu reconnaître un dessin, une peinture et pas encore la relation entre cette façon d’œuvrer et un nom qui se confond encore avecune adresse. Vous revenez, vous prenez l’habitude à chaque nouvelle invitation de revenir si bien qu’un visage s’ajoute aux noms qui vous font revenir. Vous commencez  alors à considérer que ce visage est comme l’arrière-pays de tous les noms qui, chacun, signent des surfaces où l’effet du crayon, du geste et des couleurs vous procurent une satisfaction ressemblante en dépit des différences.  Vous avez  bien sûr cédé plusieurs fois au mouvement naturel d’engager la conversation avec Celui qui vous donne des occasions de rencontre, de découverte ou de confirmation.  Vous en êtes arrivé ainsi à ne plus dissocier le nom qui signe le lieu de ceux qui signent les œuvres car il existe entre eux, non pas une égalité, mais une réciprocité d’une nature un peu mystérieuse. Vous questionnez de temps en temps cette impression pour la raison que vous tentez  de comprendre quel rapport sert de trait d’union entre un dessin qui construit une fantasmagorie organique et une aquarelle dont la fluidité met de l’infini dans l’informe. Vous en arrivez très vite à la pensée qu’on n’explicite pas l’évidence car le dessin comble votre regard tout comme le comble l’aquarelle. Vous avez beau savoir que cela ne vaut en rien d’explication, vous savez  tout aussi fortement que le propre d’une œuvre véritable est d’être ce qu’aucune explication n’épuise. Vous devinez ensuite que le nom qui signe ce lieu a choisi de n’y montrer par principe que l’inépuisable. Vous aimeriez vous satisfaire de cette formule si elle ne vous paraissait un peu trop rapide et par conséquent discutable. Vous trouvez pourtant que ce qualificatif possède en soi une justesse qui doit être préservée si bien que vous voilà cherchant ce qui vous a soufflé ce mot et pourquoi ? Vous procédez maintenant à un accrochage mental où le dessin voisine avec l’aquarelle, où le tableau à la matière nimbée d’or voisine avec celui plein de rouages de chair et de métal, où la surface peuplée de créatures innommables voisine avec celle qui et une explosion de gestes de couleurs. Vous voyez bien les discordances, les contradictions mais, loin de s’exclure, elles concordent de telle sorte que leur ensemble réalise ce qui vous retenait en chacune. Vous n’avez pas immédiatement consciences de cet accord formé de désaccords parce qu’il vous faut, pour la voir, projeter hors de vous la rencontre intérieure de toutes ces forces avant d’en apercevoir la conjugaison. Vous découvrez dès lors qu’après avoir rendu le regard attentif à ce qui figure à leur surface, ces œuvres ont en commun d’offrir la perception d’un espace volumineux et que celui-ci, en émanant d’elles, suscite une interpénétration avec l’espace  également volumineux de votre regard. Vous comprenez que le choix fait régulièrement ici concerne moins, comme semblait dans un premier temps l’affirmer l’apparence, un certain genre de représentation que la construction d’une présence capable de s’élever dans le regard en y appelant une élévation réciproque. Vous sentez à présent que votre intériorité rencontre ici son expression en se mêlant à celle que l’artiste déposa dans son œuvre, et qu’il s’en suit une sorte d’accouplement aérien d’où jaillit votre satisfaction visuelle. Vous passez désormais la porte d’Alain Margaron en sachant que vous entrez dans son regard et que c’est le plus court chemin pour découvrir le vôtre ou bien pour l’enrichir…

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