Robert Groborne – Voyageur immobile

Robert Groborne, voyageur immobile

Texte d’Isabelle Monod-Fontaine
112 pages
ISBN : 978-2-9533589-6-4
25 €

Quelques formes, quelques lignes, peu ou pas de couleurs, voilà ce qu’on pourrait décrire comme le territoire de Robert Groborne, depuis quarante ans qu’il en prend la mesure, obstinément. 
Son oeuvre, subtile et sensible, se joue de toutes les contraintes, de tous les refus, de tous les dépouillements par lui-même acceptés, sinon choisis et revendiqués, pour venir opérer dans un espace sans frontières. Un espace traversé, où se croisent toutes les sortes de «disciplines» : les grandes catégories commodes qui ont nom peinture, sculpture, gravure, dessin, mais surtout toutes celles que Robert Groborne invente au jour le jour pour mieux les mettre en contact et les obliger à travailler ensemble.

Le plus souvent, Robert Groborne se tient dans son atelier, au fond de la deuxième cour. La porte est ouverte, et vous prenez d’un coup la mesure d’un espace tout à la fois ordonné et ensauvagé, rempli d’oeuvres diverses, sculptures et peintures essentiellement, et d’outils rangés avec soin, disponibles à tout moment. L’endroit, en forme de L, est petit : un espace mesuré, fonctionnel, sans beauté particulière, sourdement éclairé par la verrière qui donne sur la cour grise, mais un lieu vivant, respirant, l’atelier d’un artiste au travail, qui vient justement de s’interrompre pour vous accueillir.
Puis avec lui, qui vous a montré le travail en cours – une dizaine de peintures sur carton ce jour-là, ou cet autre, une série de reliefs découpés -, vous retraversez la cour pour regagner le second atelier, celui où vit Robert Groborne, où il dessine, tire ses gravures, classe et range ses photographies, bref continue à travailler… Cela au milieu de dizaines d’objets glanés, rencontrés, adoptés, de livres en quantité et du peu de meubles (exquisément choisis) qui lui sont nécessaires. De part et d’autre de la cour de béton, mille et mille fois arpentée, s’ouvrent donc deux espaces à peu près symétriques, l’un plus urbain, plus aménagé, et l’autre plus réservé, mais pareillement organisés pour servir au mieux les travaux multiples d’un artiste qui ne cesse pas de se déplacer sur le terrain en apparence étroitement balisé qu’il s’est constitué.
Quelques formes, quelques lignes, peu ou pas de couleurs, voilà ce qu’on pourrait décrire comme le territoire de Robert Groborne, depuis quarante ans qu’il en prend la mesure, obstinément. Mais, comme dans un conte irlandais qui m’avait fortement impressionnée autrefois, ce qui fait d’abord limite ou enclos dévoile ensuite une capacité à s’ouvrir, quasiment à l’infini – pour peu qu’on veuille bien prendre le temps. Dans le conte, le héros, modeste, demandait au souverain, pour toute récompense, une surface de son territoire égale à celle que pourrait recouvrir une peau de bête, trois fois rien ! Et tous de ricaner. Mais, découpée en lanières aussi fines que des cheveux, la peau s’agrandit finalement à la mesure du royaume tout entier, ou presque. L’oeuvre de Groborne, subtile et sensible, se joue pareillement de toutes les contraintes, de tous les refus, de tous les dépouillements par lui-même acceptés, sinon choisis et revendiqués, pour venir opérer dans un espace sans frontières. Un espace traversé, où se croisent toutes les sortes de «disciplines» : les grandes catégories commodes qui ont nom peinture, sculpture, gravure, dessin, mais surtout toutes celles que Robert Groborne invente au jour le jour pour mieux les mettre en contact et les obliger à travailler ensemble.