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Laure Bréaud

Oeuvres

Les caprices de Goya joués à la laine,
Les caprices de Goya joués à la laine, 2014-2015, technique mixte sur papier, 40 x 29 cm
Les mains jaunes, 2014, encre, aquarelle et crayon sur papier, 63 x 24 cm
Les mains jaunes, 2014, encre, aquarelle et crayon sur papier, 63 x 24 cm
Crying Frieeman, 2016, technique mixte (aquarelle, tempera, encre, crayon à papier et huile), 130 x 50 cm
Crying Frieeman, 2016, technique mixte (aquarelle, tempera, encre, crayon à papier et huile), 130 x 50 cm
Les caprices de Goya joués à la laine,
Les caprices de Goya joués à la laine, " Quel sacrifice ", 2014-2015, technique mixte sur papier, 40 x 29 cm
CRYING FRIEEMAN, 2016, technique mixte (aquarelle, tempera, encre, crayon à papier et huile), 130 x 50 cm
Crying frieeman, 2016, technique mixte (aquarelle, tempera, encre, crayon à papier et huile), 130 x 50 cm
Les caprices bretons, 2016 aquarelle et encre de Chine sur papier ancien, 64 x 58 cm
Les caprices bretons, 2016, aquarelle et encre de Chine sur papier ancien, 64 x 58 cm
Les caprices de Goya joués à la laine,
Les caprices de Goya joués à la laine, " Quel sacrifice ", 2014-2015, technique mixte sur papier, 40 x 29 cm
Les caprices bretons, 2016 aquarelle et encre de Chine sur papier ancien, 64 x 58 cm
Les caprices bretons, 2016, aquarelle et encre de Chine sur papier ancien, 64 x 58 cm
Les caprices de Goya joués à la laine,
Les mains jaunes, 2014, encre, aquarelle et crayon sur papier, 63 x 24 cm
Crying Frieeman, 2016, technique mixte (aquarelle, tempera, encre, crayon à papier et huile), 130 x 50 cm
Les caprices de Goya joués à la laine,
CRYING FRIEEMAN, 2016, technique mixte (aquarelle, tempera, encre, crayon à papier et huile), 130 x 50 cm
Les caprices bretons, 2016 aquarelle et encre de Chine sur papier ancien, 64 x 58 cm
Les caprices de Goya joués à la laine,
Les caprices bretons, 2016 aquarelle et encre de Chine sur papier ancien, 64 x 58 cm

Expositions(principales)

Personnelles

« Tropic system », Agence Archy, Paris

2013 « Contes créoles », Conservatoire à Rayonnement Régional, Paris

2016 « Laure Bréaud », Galerie Alain Margaron, Paris

Collectives

2012 « Géographies nomades », exposition des félicités, ENSBA, Paris

2012 « Métamorphoses animales », Nuit européenne des musées, musée de la Chasse et de la Nature, Paris

2014 « Progress Gallery », Progress Gallery, Paris

2015 « Un parcours dans le temps », Galerie Alain Margaron, Paris

2015 « Formes biographiques », Carré d’art, Nîmes

Biographie

1998 Jusqu'à 2003 Conservatoire de Paris, CRR, Piano.

2003 Jusqu'à 2005 Hypokhâgne et Khâgne, au Lycée Molière, Paris.

2006 Jusqu'à 2011 DNSAP, École Nationale Supérieure des Beaux-Arts de Paris ; diplômée avec les félicitations du jury.

Présentation

« Jusqu’en 2015, je voyageais régulièrement, afin de me nourrir des points sur les i de la vie rayonnante, celle des sociétés, des groupes et des individus loin de chez moi.

Ma formation musicale m’aide à construire des modes opératoires qui s’inspirent plus du travail de l’interprète musical que de celui de Créateur, au sens romantique du mot. Humblement, religieusement, j’interprète ce que j’aime ou je souffre d’entendre, musique et voix du monde. »

Aujourd’hui, Laure Bréaud continue son tissage syncrétique entre musique, danse et image dans ses vidéos. Sa pratique régulière du dessin, de l’écriture et de la peinture constitue une deuxième face essentielle de son activité artistique.

Présentation de l’exposition par Jean-François Chevrier

« La notion de pièce vidéo a rarement eu plus de sens. La première vidéo de Laure Bréaud, Inoubliable et sans nom (2009), transcrit en images une pièce pour piano de Sergueï Rachmaninov, la sixième des Études-tableaux, op. 33. Le film décrit une marche dans un paysage de prairie, au-dessus de la mer, fouetté par le vent. De même que la musique ne sert pas d’accompagnement au film, l’interprétation visuelle et kinesthésique n’est pas calquée sur le mouvement musical ; musique et images muettes sont liées plutôt par un rapport d’équivalence. La jonction des deux registres passe par la diction poétique : la pièce s’ouvre sur la voix de Blaise Cendrars, qui récite un poème de Feuilles de route (1924) : Îles / Îles / Îles / Îles où l’on ne prendra jamais terre / Îles où l’on ne descendra jamais / Îles couvertes de végétations / Îles tapies comme des jaguars / Îles muettes / Îles inoubliables et sans nom / Je lance mes chaussures par dessus bord car je voudrais bien aller jusqu’à vous.

Laure Bréaud est venue aux arts visuels par la musique, quand elle fut contrainte, pour des raisons de santé, d’abandonner le piano. Elle intégra alors le support traditionnel du lyrisme qu’est la voix ; elle s’est intéressée notamment à l’impact de la voix enregistrée dans la poésie moderne. Le dépaysement, pratiqué par les poètes est pour elle un déplacement nécessaire, entre les disciplines : ; elle souhaitait continuer à faire de la musique avec d’autres moyens. « J’ai commencé, dit-elle, à peindre en 2005. Peindre, c’était pour moi d’abord et avant tout continuer la pratique musicale et raconter quelque chose. » Son apprentissage de la peinture à l’École des beaux-arts s’est accompagné d’une pratique d’écriture complexe, libre et savante. Imprégnée de la poésie et du folklore des Antilles, liés à ses origines familiales, elle a choisi d’écrire (ou de réécrire) les contes et les légendes qui devaient constituer la matière vive de ses images, peintes ou gravées. Elle a poursuivi cette pratique de l’illustration, mais elle interprète désormais des textes préexistants.

Récemment, elle s’est inspirée d’un épisode du Mahabharata, l’histoire de la princesse Draupadi. Après que les hommes de son clan l’ont cédée pour régler une dette de jeu, la princesse déchue, tombée en esclavage, est livrée à ses maîtres ; elle appelle le secours de Krishna. Le dieu transforme son sari en une pièce de tissu infinie ; les agresseurs tirent en vain les trois pans du vêtement. Les onze dessins forment une image composite sinueuse à l’image du sari miraculeux.

Les variations d’après Goya participent ostensiblement d’une pratique de l’interprétation. Dans un premier ensemble de peintures, Laure Bréaud voulait « continuer la parole de Goya, entrer en correspondance avec les gestes à tout jamais inconnus du maître ». Les dessins, plus récents, d’après des gravures des Caprices, mêlant aquarelle, encre, laine (rouge) et ruban adhésif, se donnent comme des exercices d’interprétation improvisée. « L’atelier n’est plus, dit-elle, une salle de concert, de répétition, ni une salle de cours : il n’y a ni public, ni professeur, ni instrument à maîtriser. Il y a un compositeur, Goya, à interpréter, mes outils et la lumière du matin… Je réalise, chaque matin, ma série de dessins au rythme d’une playlist hétéroclite que j’ai concoctée. À chaque caprice correspond un morceau de musique, que je peux chanter par cœur. » Laure Bréaud travaille en musique, dans un environnement de rythmes, de voix et de « mouvements », où se jouent les rencontres et les écarts culturels qu’elle absorbe et transforme. Elle dit ses adhésions empathiques (en particulier à l’égard des êtres souffrants), un désir de partage, mais aussi ses refus, sa colère. « Heureux corps de malade ».

Aujourd’hui, elle dit avoir vaincu la frustration de ne plus jouer de piano, grâce à son implication physique dans la peinture, « en me confrontant, dit-elle, des pieds à la tête aux richesses des pigments, aux tranchants des gouges, à la vitalité des pinceaux, à la vitalité du bois… Je suis tellement saisie par le sens du toucher et de la vue que j’en perds ma langue. » Elle s’est embarquée et elle déploie ses « feuilles de route ». Chaque tableau est peut-être une île. Mais, à la différence du navigateur de Cendrars, elle a touché terre, pour relancer le jeu de l’imagination. L’espace solitaire de l’atelier est peuplé, habité de figures, mythes, contes, légendes, récits-images.

L’exubérance des fables peintes est une amplification géographique, doublée d’une symbiose avec des êtres légendaires, souvent dotés d’une grandeur héroïque. Le dieu singe Hanouman est devenu une idole protectrice. Les Jouywax combinent le wax africain avec la toile de Jouy, comme pour abolir la distance entre la métropole et ses anciennes colonies. Mais les motifs des tissus imprimés sont remplacés par les tracés de figures burlesques. Cette dimension de la fantaisie ornementale est omniprésente. On la retrouve dans les arabesques sur fond noir de Draupadi, qui rappellent les costumes imaginés par Léon Bakst pour les Ballets russes. On pense aussi à « l’ornement des noces spirituelles » célébrée par Ruysbroeck.

Formée à la discipline de l’interprétation pianistique, Laure Bréaud accepte de subir l’intimidation des maîtres, mais elle refuse de se limiter aux exercices du bon goût et de l’élégance. Elle s’intéresse trop aux formes populaires de la musique et de la performance gestuelle, même les plus dégradées – celles où se perpétuent notamment les préjugés sexistes –, pour souscrire aux normes et aux programmes de l’art descriptif et décoratif. Aussi savante soit-elle, sa conception de l’ornement procède d’une rage de l’expression et du mouvement ; elle revendique un art poétique, une peinture-littérature, sans frontières grammaticales, où les mots peuvent être transposés en valeurs chromatiques. Une idée obsédante correspond ici à une nécessité vitale. « Faire corps », disait Antonin Artaud. Cela passe par les pouvoirs de l’oralité et du geste, soit lageste, la fable proférée, chantée. C’est ici la matière orale, portée par le chant, qui apparaît dans l’éternelle alliance (ou mésalliance) du dessin et de la couleur.

Jean-François Chevrier, mai 2016

La réalité à qui Laure Bréaud offre un reflet plastique est aussi anthropologique et engagée que poétique et musicale.