René Laubiès

René Laubiès 1924-2006

Représenté par la galerie Alain Margaron depuis 2001.

Oeuvres

Biographie 

1922 Naissance à Saïgon, d’un père homme d’affaire français et d’une mère descendante d’une famille de mandarins du sud de la Chine. Enfance et adolescence entre Dalat. Haïphong, Saïgon. Puis études à Nice et Rabat.

1949 Installation à Paris d’où il fait deux longs voyages lointains chaque année pour peindre, essentiellement en Asie.

1957 Séjour aux Etats-Unis. Très proche de Ezra Pound dont il traduit les Cantos et de Robert Creeley avec qui il réalise deux livres d’artistes dont The immoral proposition. Ensuite fera chaque année deux longs séjours hors de France, principalement en Asie, pour peindre.

2001 Entre à la galerie Alain Margaron qui le représente désormais en exclusivité.

2006 Mort de l’artiste.

 

Expositions personnelles 

1949 Librairie du Club Saint-Germain, Paris

1952 Galerie Colette Allendy, Paris

1953 Galerie Facchetti – Préface L. Bonalumi, Paris

Paris Librairie Valentin, « Dessins », illustration pour les poèmes de R. Creeley, Stuttgart

1954 Galerie Facchetti – Préface J. Alvard et P. Courthion, Paris

Galerie Paul Parnass – Préface J-P Wilhelm, Wüppertal

1955 Galerie Facchetti – Préface A. Berne-Joffroy, Paris

Galerie Das Vertico, Bonn

Long Wharf Studio, Boston

Hotel Lan Xan, Ventiane Laos

1956 Murray State Collège, Kentuchy

Galerie de l’Entracte, Lausanne

University of Alabama

1957 Galerie Grange – Préface R. Déroudille Lyon

Galerie 22, Düsseldorf

Galleria Appolinaire « Gli Indifferenti hanno la pittura che si meritano », Préface C. Rivière, texte R. Laubiès, Milan

Alexander Iolas Gallery, « Painting », New-York

Wittenborn Library, « Drawings », New-York

1958 Galerie Facchetti « L’oiseau Taoïste », texte de Tchouang-Tseu, Paris

Galerie Iris Clert, « Sept peintures de Laubiès », Paris

1959 Drian Gallery, « Water-colors and inks from Haïti and Alabama », Londres

1960 Galerie André Schoeller, « Peintures de 1950 à 1960 », Paris

Galerie Smith, Bruxelles

1963 Städt Museum, « Laubiès », Mönchengladbach

Galerie Parnass – Préface Olivier de Magny, Wuppertal

1964 Galerie Facchetti, « Solitudes » – Préfaces André Berne-Joffroy et Robert Creeley, Paris

Graphisches Kabinett – Préface par le Prince R. de Lippe, Heidelberg

1965 Galerie Yvon Lambert, « Gloire des Iles », texte de René Laubiès, Paris

Galerie Lautner – Préface par le Prince R. de Lippe, Mannheim

1968 Galleria Luna 2 – Poésies de J. de Sponde, Turin

Galleria Morone – Préface Julien Alvard et Robert Creeley, Milan

1970 Galleria Arte Borgogna, Milan

1971 Galerie Lan-Xang, Vientane, Laos

1972 Galerie Zerbib « Sur la route des Indes » Paris

1973 Galleria II Pilastro, Milan

1974 Galerie Balanci-Graham, « La Terrasse des Nuages », Paris

1976 Galane Boulakia, « Table de Méditations », Paris

1978 

 Gallery Carini – Préface Pierre Restany, Milan

1979 Maison des Arts André Malraux – Rétrospective  « Peintures de 1949-1979 »,  entretien avec J.C. Fosse, Créteil

1980 Galerie Weiller, « Orissa 80 », Paris

1981 Graham Gallery, Houston

Galleria II Pilastro – Rétrospective : « Trent’anni di pittura di Laubiès » – Préfaces R. di Ambra et R. Alberton, Milan

1982 Galerie Weiller, Paris

Galleria II Pilastro, Milan

1986 Centre Culturel et Artistique de Montrouge, « Passeport pour l’Inde », texte de Claude Schweisguth

1989 Galerie de Navarre, « 40 ans d’activité », Paris. 
Galleria Tega, Milan

1990 Galerie Michel Broomhead, Paris

Galerie de Navarre, « Laubiès : Encres », Paris

1994 Musée d’Art Moderne et d’Art Contemporain, « René Laubiès, 40 ans… autour du monde », Nice

1996 Galleria Peccolo, textes de Manfred de la Motte, Winfried Gaul, Livorno

Galerie Willkopt, Darmstadt et Art, Cologne

2001 Atelier Art & Poésie, Tokyo

Galerie Alain Margaron, « Œuvres de 1985 à 2001 », texte de Bernard Noël, Paris

2003 
Galerie Alain Margaron, « 60 oeuvres de 1949 à 2003 »
 catalogue, textes de Daniel Abadie et de Lydia Harambourg

Galerie Doris Benno, Saint-Paul-de-Vence

2004
 Galerie Alain Margaron, « Palaqounnu, encres, aquarelles et peintures 2003-2004 », Paris

2006 Galerie Alain Margaron, « De la Mer Noire au Kerala, de 2004 à 2006 », Paris

2007 Galerie Alain Margaron, « Hommage à René Laubiès, l’été dernier à Marie-Galante », Paris

Musée de Bochum, « René Laubiès, peintre de la sérénité », rétrospective de 1949 à 2006, Allemagne

2010 Galerie Alain Margaron, « René Laubiès, de 1952 à 2006 », Paris

2012 Galerie Alain Margaron, « Laubiès, les années 50 », Paris

2014 Galerie Alain Margaron, « Laubiès, les années 60 », Paris

2016 Galerie Alain Margaron, « la nature est abstraite, peintures et dessins de 1949 à 2016 », Paris

Bibliographie

- Laubiès, Une peinture aristocratique, texte de René Déroudille, (éditions A la tête d’or et George Wittenborn), 1957

- René Laubiès, Peinture, aquarelles et encres de 1949 à 2003, texte de Daniel Abadie, (Alain Margaron Editeur), 2003

- Laubiès, peintre de la sérénité, textes de Daniel Abadie, Sepp Hickisch-Picard, Hans Günter Golinski, Lydia Harambourg, Robert Creeley, Martial Raysse, Georges Salles (L’Atelier des Brisants), 2007

- René Laubiès, les années 50 (Alain Margaron Editeur), 2012

- René Laubiès, L’Infini de l’esprit – les années 60, textes de Laurent Boudier et Alain Margaron (Alain Margaron Editeur), 2014

Collections publiques 

- Musée National d’Art Moderne, Centre Georges Pompidou, Paris

- Fonds National d’Art Contemporain, Paris ; 
Bibliothèque Nationale, Paris

- Bibliothèque Doucet, Paris

- Bibliothèque de la Ville de Nice

- Bibliothèque de la Ville de Nîmes

- 
Musée du Val de Marne

- Musée de Poitiers

- Musée d’Evreux (legs J. Blot)

- Musée Rigaud, Perpignan (legs Rey)

- Musée de Dijon (collection Granville)

- Galleria Arte Moderna, Rome

- Pinacothèque d’Athènes (legs Facchetti)

- 
Musée Wuppertal (legs Jährling)

- Musée Clemens Sels, Neuss (legs H. Hahn)

- Musée de Genève

- Library State University, Buffalo

Laubiès parlait très peu de ses œuvres ou seulement avec des phrases soit évidentes, soit énigmatiques. Il fallait du temps pour en saisir la portée. « La matière ne m’ intéresse pas. L’huile, l’encre, l’aquarelle ne sont pour moi qu’un support, pas une fin en soi. Je n’ai jamais cherché à faire une œuvre, mais à participer au flux de l’ univers, à la vie… ». Ou encore : «J’ai toujours peint abstrait, parce que la nature est abstraite.»

Et il ne s’attardait pas sur sa biographie dont on ne connaît que les points essentiels : ses origines chinoises par sa mère, son enfance à Hanoï, un court passage à Nice et au Maroc, un début de carrière brillant à Paris, dans d’ autres capitales européennes et aux Etats-Unis, son refus de peindre en France. « Votre atelier est partout sauf à Paris », lui a écrit Georges Salles, le plus souvent en Asie, surtout en Inde à la fin de sa vie.

«Alors que les peintres de sa génération revenaient soit à une figuration à tendance expressionniste, comme les peintres du groupe Cobra, ou se lançaient à la suite de Klein et d’Arman dans l’aventure du Nouveau Réalisme, Laubiès poursuivait, sans la moindre inflexion, son œuvre dans la voie qu’il s’était désignée», ajoute Daniel Abadie.

Il a poursuivi sa voie, sans se préoccuper des autres, sans s’y opposer non plus. Il a laissé un temps accoler son nom à un mouvement éphémère, le nuagisme, parce qu’il était ami de certains de ses membres et que cela n’ avait aucune importance, me dira-t-il. Ce détachement évoque celui des lettrés chinois.

Sa véritable famille était celle des poètes, les classiques chinois, mais aussi les américains Ezra Pound dont il a traduit Dos Cantos (la traduction préférée de leur auteur) ou Robert Creeley, qui a réalisé avec lui un très beau livre d’ artiste : The Immoral Proposition, en 1953.

Dix ans après la mort de René Laubiès en 2006, le mieux est donc de laisser nous parler ses œuvres. Celles-ci s’imposent.

Faites l’expérience d’en accrocher entre deux baies vitrées, elles résistent aux plus beaux paysages, nous aident à mieux aimer la nature, les ciels, les bords de mer, la nature éthérée, l’eau, l’air, la course des nuages, l’instantané éphémère. Ses œuvres sont à l’image de ce qu’il veut nous apprendre à voir dans la nature : les couleurs et les formes ne sont jamais les mêmes, jusqu’à la même plage qui d’ une minute à l’autre change avec la lumière, le vent, l’envol d’ oiseaux. Ses peintures comme ses dessins sont bâtis sur des canevas proches mais sans rien d’ennuyeux ni de répétitif, d’autant qu’il peignait peu, et seulement après de longues périodes de méditations face à un paysage. On y découvre le plus souvent des variations subtiles et sereines mais parfois aussi des contrastes violents pour ne pas dire méchants, notamment dans les années 60.

Ses dessins -encres et aquarelles- épousent les mouvements des nuages, expriment l’énergie des couleurs dans le ciel et sur les eaux; ils donnent forme parfois à l’ Oiseau Tao. La discrète structure ascensionnelle de ses peintures révèle sa pensée enrichie par le taoïsme puis l’ hindouisme, nous ouvrant à un cheminement spirituel ancré dans le spectacle de la nature qui nous entoure. Son abstraction montre l’essence des choses, mais cette essence ne s’oppose pas à leur apparence. Ce n’est pas seulement notre destin qui s’y joue. Laubiès aime faire apparaître des silhouettes, pêcheurs en barque, promeneurs, oiseaux…, apparitions qui se précisent par intermittences quand l’ attention est soutenue, mais jamais d’une manière figée et définitive. Le réel n’est jamais présenté tout d’ un bloc, comme une présence qui nous reste étrangère et sur laquelle butent le plus souvent les mots ou le pinceau des peintres.

Le réel que nous présente Laubiès est beaucoup plus fluide, on se sent de connivence avec lui, ou plutôt emporté dans le même souffle, et souvent en harmonie. Ce sont à la fois nos sens qui sont sollicités et notre attention dans ce qu’elle a de plus aigüe pour découvrir non pas, d’ailleurs, l’essence de la nature, une notion en fait trop conceptuelle pour Laubiès mais sa quintessence, son « esprit », qui est proche du souffle, du flux.

Lui-même, se méfiait des classements, réducteurs, mais il se considérait proche des peintres chinois des Hautes Epoques : « Quand ils se mettaient à peindre, ils brûlaient de l’ encens, se recueillaient dans le calme et le silence, concentraient leur esprit et méditaient. Ils laissaient les ennuis et le sordide quotidien s’évanouir peu à peu. Leur esprit libéré, ils faisaient le vide en eux et communiaient ainsi avec l’ élan vital qui meut l’ univers. Alors en harmonie avec la Nature, c’est Elle qui guidait leurs pinceaux. »

C’est en ce sens, parce qu’elles ont beaucoup à nous suggérer, que les oeuvres de Laubiès, comme la nature, sont abstraites.

Alain Margaron